Wild Runner Part. 5 : Joe Grant – Interview exclusive !

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Dans ma rubrique Wild Runner lancée il y a un an, je dresse le portrait de coureurs américains dont l’approche minimaliste et proche de la Nature est un véritable leitmotiv.  Après Mike Foote, Pablo Vigil, Anton Krupicka et enfin Gordy Ainsleigh, c’est au tour de Joe Grant qui me fait l’honneur d’une interview exclusive !

Bonjour Joe ! Tout d’abord, je tiens à te remercier pour le temps consacré à cette interview.

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Comment es-tu venu à la course à pied ? D’une passion, elle est devenue une profession. Comment as-tu basculé chez les professionnels ? Quels sont tes plus belles victoires ?

J’avais l’habitude de faire de l’escalade et de la randonnée et je suis venu au running comme une simplification de ces deux activités. J’ai directement commencé avec les Trails et j’aimais le fait qu’en améliorant ma condition physique je pouvais explorer de plus en plus d’endroits par moi-même. Ça, c’était il y a plus ou moins 10 ans, mais j’ai commencé à courir plus sérieusement et à faire des courses il y a plus ou moins 7 ans. Je suppose que tu peux dire que je suis un coureur professionnel du fait que je vis de la course à pied mais je ne dépends pas uniquement du sponsoring. Le coaching et l’écriture font aussi partie de mon revenu.

Ma seconde place à la Hardrock 100 en 2012 est probablement ma meilleure course à ce jour et avec un bon temps. J’ai également eu quelques victoires sur des courses hivernales en Alaska et d’autres 100 miles. J’instaure pas mal de variété dans ma carrière de coureur à pied avec des courses comme le Copper Canyon, un 24 heures sur piste, le Iditarod Trail Invitational, la Hardrock ou plus récemment le Tor des Geants.

Sur la Hardrock en 2012 - http://alpine-works.com/2012/07/the-twenty-fifth-hour/
Sur la Hardrock en 2012 – http://alpine-works.com/2012/07/the-twenty-fifth-hour/

Sur ton site personnel, tu montres l’importance que la Nature possède sur ta pratique sportive et plus généralement sur ta vie. D’un autre côté, de nombreux auteurs américains comme Thoreau, Emerson, Abbey mais aussi plus tard Garry Snyder et même Kerouac ont décrit avec brio la beauté de la Nature américaine et l’importance du voyage comme symbole même de vie. Ces auteurs t’ont-ils inspirés dans le cadre de tes lectures ou bien la nature t’attire naturellement ?

J’ai toujours été instinctivement attiré par la nature et être dehors. J’apprécie la perspective des auteurs que tu mentionnes et j’ai beaucoup appris d’eux. J’aime faire mes propres expériences et ensuite étendre mes visions et ma compréhension à travers la lecture et le dialogue.

« In the wilderness, I find something more dear and connate than in streets or villages. In the tranquil landscape, and especially in the distant line of the horizon, man beholds somewhat as beautiful as his own nature » (Nature de Emerson). Dans ces quelques mots, on retrouve un écho assez évident à ce que tu prônes dans ta philosophie de vie. Courir dans la Montagne, c’est donc plus se retrouver que s’abandonner ?

Je n’aime pas vraiment mettre des étiquettes aux choses ou avoir des attentes concernant ce que courir en montagne devrait ou ne devrait pas être. Avoir des attentes peut réellement orienter une expérience d’une certaine façon. J’aime courir dans la montagne parce que cet environnement particulier présente une multiplicité d’expériences qui sont riches et intéressantes pour moi, peut-être plus que dans n’importe quel autre contexte. Parfois, courir dans la montagne pourra me permettre de me trouver, de m’échapper ou de m’apporter quelque chose qui fait réfléchir. D’autres fois, cela sera juste d’avoir du plaisir, de jouer pour ainsi dire et de profiter des sentiers avec des amis.

© Jordi Saragossa
© Jordi Saragossa

Dans ton travail de coach, tu insistes sur l’importance de l’inspiration au même titre que le travail physique et la préparation mentale, peux-tu nous en dire plus ?

Pour moi, le processus est tout aussi important que le résultat. Si tu passes 6 mois à t’entraîner pour une course et que tu as une mauvaise course alors il me semble que tous tes efforts étaient futiles. Si tu aimes le processus, que tu trouves l’inspiration quotidienne pour courir, alors le but final est la cerise sur le gâteau. Si tu as une famille, un job exigeant, comment placer la course à pieds dans ce grand projet ? Combien es-tu prêt à sacrifier pour atteindre ton but ? Pour moi, tout est une question de perspective et d’essayer de trouver une balance saine entre ton travail, ta famille et la course à pied. Si tu es inspiré par la course ou le fait d’être en montagne alors tu tendras naturellement à t’améliorer et cela sera une force positive dans d’autres sphères de ta vie.

Tu partages avec ton ami Anton Krupicka un attrait pour le minimalisme en course à pied. En quoi le fait de te mouvoir le plus léger et le plus simplement possible est-il aussi important pour vous ?

Pour moi, une approche minimaliste émane de deux idées différentes. La première est un sens pratique à ce qui est nécessaire pour courir. En gros, tu n’as pas besoin de beaucoup pour pratiquer cette activité donc pourquoi la complexifier en ajoutant plein de choses ? La simplicité est la raison principale pour laquelle je suis venu à la course à pied en premier lieu. C’est une activité très simple, bien qu’il y aie une complexité et une richesse sous jacente. La seconde est qu’il y a une certaine esthétique dans le minimalisme ou la pureté. Sans être encombré par des accessoires et des gadgets excessifs, la relation et l’engagement avec le monde naturel est plus direct. Je peux me concentrer sur ce qui est important et intéressant pour moi plutôt qu’être pris par l’équipement que je transporte. Je dirais qu’il y a une limite à comment le minimalisme devrait être dans certain contexte. C’est crucial d’avoir les bons outils pour travailler, dès lors, tu ne me verras pas descendre un pierrier en Five Fingers juste pour être minimaliste. A la place, je porterai des chaussures qui conviennent à ce type d’environnement. Dans les terrains plus techniques, particulièrement en hiver, un équipement plus important est souvent requis. Le processus pour moi, c’est de prendre juste ce dont j’ai besoin par rapport à mes compétences et mon expérience.

D’ailleurs sur ce point, ton sponsor Arc’teryx élabore des produits qui répondent justement à cette attente minimalisme. Les athlètes sont-ils consultés lors de l’élaboration des produits ?

Oui, les athlètes du Team donnent leurs feedbacks aux designers et travaillent sur les nouveaux produits. L’esthétique Arc’teryx est très propre et il y a une très grande attention à la qualité. Arc’teryx est un bon exemple d’entreprise fabricant des équipements aussi simple que possible, tout en maintenant une efficacité maximale et une grande qualité pour tous les produits. J’aime définitivement cette approche.

© Joe Grant
© Joe Grant

Toujours sur ton blog, j’ai remarqué que tu appréciais la photographie. Cela se ressent d’ailleurs sur les images que tu partages. Elles sont souvent à couper le souffle. Travaillant dans la photographie, je me dois de te poser cette question : as-tu des photographes qui t’inspirent et dont tu apprécies le travail ?

Il y a tellement de grands photographes que j’aime vraiment… Voici quelqu’uns qui me viennent à l’esprit : Ryan Tatar, Carl Zoch, Keith Ladzinski, Chris Burkard, Jordi Saragossa, Ryan Edy, Forest Woodward… beaucoup de ces photographes ont un compte Instagram donc je peux rester à jour dans leur travail.

Dernière question et non des moindres, quels sont tes projets futurs ?

Concernant les courses, j’aime les longues courses de montagne donc j’aimerais revenir sur la Hardrock ou le Tor des Geants. Je suis aussi intéressé à me lancer dans le Bob Graham Round au Royaume Uni, dans le Nolan’s 14 ici dans le Colorado ou encore le Colorado Trail.

Je te remercie d’avoir répondu à ces quelques questions et souhaite beaucoup de succès dans tes entreprises futures.

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