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    Le paradoxe du blogueur : End of an Era…

    Cela faisait longtemps, très longtemps que je ne vous avais plus exposé certains de mes points de vue. 2019 est entamé, c’est l’occasion pour moi de vous parler d’un constat sur le monde des blogueurs, de l’influence, de l’environnement, du climat et de l’hypocrisie qui plane au dessus de tout cela… Et finalement, de la seule chose qui compte : notre belle nature !


    Vers le Paradoxe

    Origine et virage éditorial du blog

    Comme vous le savez tous (ou pas), je tiens ce blog depuis 2012. À l’époque, il était consacré presqu’entièrement au trail. « C’était mieux avant », diront certains. En tout cas après avoir écrit sur le sujet pendant plus de 3 ans, je suis arrivé à un point où j’avais l’impression d’avoir personnellement tout dit. Finalement, moi qui pensait que le trail serait un sujet intarissable, il s’est rapidement épuisé à mes yeux. C’est la raison pour laquelle en 2016, j’ai ouvert ma ligne éditoriale aux voyages. Sans aucun regret, ce changement de cap mais non d’ADN m’a permis d’explorer d’autres sujets qui satisfaisaient ma soif de découvertes.

    C’est le mot : découverte. J’ai besoin de découvrir en permanence de nouvelles choses, de me lancer des défis, souvent trop nombreux parfois déraisonnés. Quoiqu’il en soit, ces challenges construisent mon ADN et fondent l’esprit de ce blog. Derrière chaque article, chaque microaventure, il y a un défit à géométrie variable qui m’a poussé à repousser mes propres limites (et je l’espère vous inspirera pour faire la même chose).

    Lofoten

    Découverte du blogging de voyage

    Dès lors, quand je suis rentré de plein pied dans ce changement de cap éditorial, j’ai eu envie de découvrir ce monde du blogging de voyage. Je ne suis pas un lecteur de blog. Je ne connaissais personne. Cela signifiait donc un nouveau challenge : me faire une place dans ce monde obscure de la blogosphère de voyage. Avec mon culot, j’ai réussi à choper quelques belles missions en 2017 qui m’ont permis d’étoffer le blog sur le sujet et relancer la machine sur une nouvelle thématique. Le changement de ligne éditorial est toujours dangereux car on perd inévitablement une partie de son lectorat et ce n’est pas une certitude de récupérer d’autres lecteurs.

    En plus de voyager pour le blog (et pour vous), ces missions avec des destinations m’ont également permis d’affiner mon avis et mon intérêt pour le marketing d’influence. Ce domaine est au coeur de mon travail (mon vrai travail diront certains) comme chargé de mission pour une destination. Il m’a permis non seulement d’établir avec mes collègues une stratégie blog efficiente mais aussi porter un regard de plus en plus critique sur cette connivence entre le monde du tourisme, le tourisme et les blogueurs. C’est d’ailleurs au sein du hiatus qui existe entre ces différentes parties qu’est née ma réflexion d’aujourd’hui !

    Packraft sur la rivière Oulanka - Laponie finlandaise

    Le paradoxe du blogueur

    Pour résumer, ce blog et mon job de chargé de mission dans le monde du tourisme m’ont amené à déceler de plus en plus de comportements paradoxaux au sein de la blogosphère. En soi, le fait d’être paradoxal n’est pas un problème. Tout le monde l’est à des degrés divers. Lorsque ce paradoxe devient un outil d’hypocrisie voire de tromperie vis-à-vis de ces lecteurs, on passe dans un autre registre qui m’est insupportable. Pour terminer ce petit laïus, je vous rappelle qu’il s’agit d’une réflexion personnelle. À vous de me haïr ou non pour mes propos, ce sont les miens et ça, personne ne pourra me les enlever.

    2018, le réveil climatique

    Ce paradoxe m’a frappé en pleine gueule fin 2018. L’année 2018 apparaît clairement comme l’année de la prise de conscience climatique dans le secteur du tourisme. De nombreux rendez-vous professionnels dans le tourisme abordaient le sujet. Parmi ceux-ci, les Rencontres de l’E-Tourisme à Pau ont même défini les grandes lignes d’une manifeste pour un tourisme durable et réfléchis. C’est sans compter les réflexions nuancées et pertinentes de différents spécialistes du tourisme comme Guillaume Cromer via son entreprise ID Tourisme ou via l’Association du Tourisme durable.

    Car oui, quand on sait que le tourisme représente presque 10% des émissions de CO2 sur terre, il est difficile de ne pas se sentir concerné quand on en fait la promotion au quotidien sur un blog. Quelles sont les alternatives possibles ? Prendre l’avion est-il vraiment synonyme de voyages ? Voyager loin, est-il réellement obligatoire pour vivre des vacances réussies ? Est-ce nécessaire de traverser l’Atlantique pour s’enfermer dans un complexe hotelier ? Bref, ces questions peuvent apparaître naïves. Pourtant, elles ne le sont pas et nous concernent tous. Elles concernent aussi et surtout la planète !

    En plus de la question des transports, ce que le touriste veut (ou crois vouloir) en matière de tourisme pose problème. En effet, qu’on le veuille ou non, l’impact d’un voyage au long cours même « nature » impacte durablement la planète. Il y a bien évidemment les transports mais aussi sa simple présence. Dans certaine contrée du globe, des coins de nature n’ont jamais vu ou presque l’homme. Certes, quand il y a 15 aventuriers par an qui traversent une fange arctique, cela ne va pas la détruire. Rajoutez l’exposant du tourisme de masse et c’est tout un écosystème qui est menacé. Il suffit de se pencher sur les conséquences désastreuses (et malheureusement non anticipées) du tourisme islandais.

    Randonnée hivernale au départ de la brasserie Chouffe

    La conscience « marketing » du blogueur

    Face à cela, on a vu émerger dans la blogosphère de voyage une véritable prise de conscience climatique. C’est génial bien évidemment ! Certains ont commencé à vanter le 0 déchet, d’autres le végétalisme, la cause animale ou les multiples causes nécessaires et capitales à défendre aujourd’hui. Au début, en observateur préférant la sagesse des forêts au tumulte des réseaux sociaux, j’attendais « de voir » la sincérité de ces propos. Et bien, je peux vous dire que « je n’ai pas été déçu ». Par contre, alors que Noël approchait, j’ai également vu apparaître des publicités pour des merdes chinoises en « drop shipping », des produits de cosmétiques testés sur des animaux, des croisières bien polluantes dans les Fjords de Norvège, des réductions pour des billets d’avions moins chers…

    L’hypocrisie de certains blogueurs (rares mais existants) étaient telles qu’elles rejoignaient mes réflexions professionnelles sur l’utilité des influenceurs pour faire la promotion d’une destination. Comment peut-on encore faire confiance à ces personnes ? Et quand bien même, on y fait confiance. Combien de temps cela va-t-il durer avant que cette mauvaise image minoritaire ne touche l’entièreté du secteur ? Je ne veux pas me situer en objecteur de conscience. Je suis loin d’être exemplaire. J’ai un 4×4 qui pollue pour rentrer mon bois (coupé dans une forêt durable), je prends l’avion quelques fois par an, je ne mange pas encore assez local… Mais contrairement à d’autres, je n’essaie pas de faire croire ce que je ne suis pas. Je sais que mes mes efforts ne sont pas encore suffisants. Néanmoins, je me garde de m’élever en prêcheur d’une bonne parole que je ne suis pas totalement.

    Certains blogueurs/influenceurs ont tellement peu de scrupules qu’ils préfèrent vendre leur honnêteté intellectuelle pour quelques euros à l’impact environnementale intolérable. Cela m’est juste insupportable. Je pense qu’influenceurs, micro-influenceurs, blogueurs, instagrammeurs avons un devoir minimum d’honnêteté. Nous avons le devoir de refuser de faire la promotion de certaines activités qui sont des aberrations environnementale, où le respect des animaux n’est pas assurés ou qui n’a que faire d’un avenir durable. Cela devrait être notre mantra fondamental. Sinon pourquoi partager son selfie à la marche du climat ? S’il y a bien une cause pour laquelle, il faut être cohérent c’est celle là !

    Descente de la Semois namuroise en Packraft

    La soif de voyage doit-elle justifier les écarts des blogueurs ?

    Concernant la question de l’avion, certains me diront : « C’est mon job, je me dois de prendre l’avion pour vivre », « J’ai accepté ce voyage à l’autre bout de la terre car c’était un gros contrat »… Est-ce que ces excuses sont valables ? Si on retourne le problème, on peut alors excuser la ministre belge du Climat qui prend son jet pour aller à la COP24. On peut excuser le gouvernement japonais d’avoir repris la pêche à la baleine. Non ! Ce n’est pas parce que c’est notre boulot que nous devrions être plus laxiste ! Au contraire, vu l’exposition médiatique de certaines blogueurs, c’est à eux de montrer l’exemple. Maintenant, soyons clair, il ne s’agit pas d’être plus catholique que le pape. Commençons par être cohérent avec soi-même et surtout commençons à faire rêver nos lecteurs avec ce qui nous entourent.

    Sur ce point, je trouve que le concept de microaventures que je développe depuis deux ans maintenant est une solution intéressante. Pour rappel, ce concept vise à vivre des expériences en pleine nature à proximité de chez soi. C’est un concept que je trouve génial car bons nombres de personnes assimilent voyages à destination lointaine (et donc avion). Stop les gars ! Un feu, une bière dans la forêt du bled peut vous ramener autant de souvenirs qu’un voyage à l’autre bout de la terre. Dans ce contexte, j’aime à rappeler le mantra de ce blog : l’Aventure est un état d’esprit. Je pense franchement que ce mantra associé à la microaventure peut être un sacré palliatif aux voyages à gros impact carbone.

    Cela ne veut pas dire qu’on doit s’obliger à supprimer tout voyage en avion (même si ça serait l’idéal) mais réfléchissons deux fois avant de passer à l’achat. Soyons d’abord nous-même responsables et utilisons notre « influence » pour pousser nos lecteurs à adopter un comportement semblable. Sans jugement aucun pour ceux qui pratiquent ce genre de tourisme, je trouve que c’est une aberration sans nom de traverser l’Atlantique pour se retrouver enfermé dans un hôtel all in où la seule chose que vous verrez du Mexique est la plage privée de l’établissement. Ce genre de voyage ne devrait, à mon sens, même plus être promu par des blogueurs (cela ne devrait même plus être permis). Honnêtement, ce n’est pas comme si les offres de ce type étaient absentes en France.

    Higravstinden - Ascension du plus haut sommet des Lofoten

    L’impact des blogueurs sur le tourisme

    En parlant des tristes réalités environnementales, je ne vois pas cela comme une entrave à notre activité de créateurs de contenu. Au contraire, en choisissant nos clients, nos destinations ou nos prestataires, nous pouvons influer sur le tourisme lui-même. Guillaume Cromer a souvent parlé, par exemple, de l’aveuglement des stations de ski à ne pas voir le tableau sombre qui se profile pour eux. Les pompes à neige et le recourt à la neige artificiel n’est pas tenable sur le long terme tant écologiquement qu’économiquement. Certaines (rares) stations l’ont compris et développent déjà depuis quelques années maintenant des activités connexes (ski de fond, cascade de glace, chien de traineau, …) pour palier aux problèmes liés à l’enneigement chaotique. Dès lors, dans cette perspective, faisons la promotion de ces stations en transition au détriment des autres.

    Ayons le courage de refuser un contrat, de privilégier certaines destinations au détriment d’autres. Devenons nous aussi des acteurs « actifs » du monde du tourisme. Après, pour avoir la double casquette de blogueur et de professionnel du tourisme, je pense que le rapport de force ne doit pas être systématique. Entamons la discussion avec les destinations en leur faisant prendre conscience qu’un tourisme responsable et durable est non seulement possible mais potentiellement enrichissant (au sens propre comme figuré). Aussi, il m’est déjà arrivé d’être invité pour une mission en France et de prendre un avion. C’est une hérésie ! Je pense que là aussi nous avons un rôle et oser dire non à ce genre de pratique.

    Bref, vous l’aurez compris. À l’heure où les enjeux climatiques sont fondamentaux, je pense que nous ne pouvons pas rester sans rien faire. Utilisons, au contraire, notre « influence » petite ou grande pour tenter de faire changer les comportements. Mais surtout ! Surtout ! Restons honnêtes et acceptons le fait que nous soyons aussi des acteurs dans ce business énorme qu’est le tourisme ! Sur ces paroles, je vous laisse, j’ai un feu de bois à entretenir. Ces quelques réflexions sont peut-être, elles aussi, paradoxales mais elles auront au moins eu le mérite d’être exprimées.

    Julienhttps://www.sentiersduphoenix.be
    Je m'appelle Julien, j'ai 29 ans. Je suis passionné de course à pied et d'aventures. Je partage sur ce blog mes pérégrinations. Je suis également guide de randonnée, photographe, vidéaste et rédacteur freelance.

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