Le glossaire du traileur à la dérive…

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Le traileur, ce coureur préférant parcourir les pires sentiers du monde, apparaît souvent comme un roc avalant les kilomètres et le dénivelé sans sourciller. Pourtant, alors que les kilomètres s’égrènent lentement, il perd peu à peu son intégrité immuable et se rapproche davantage de la Nature qu’il parcourt. Il adopte un langage étrange, souvent juste, parfois vulgaire qui frôle l’incompréhensible pour le non-initié… Petit glossaire non exhaustif du traileur à la dérive…

« Direct dans le pendu » : Parlons peu, parlons bien. Le traileur ne court, ne vit, ne respire que pour une chose : le dénivelé. Lorsqu’une course lui fournit en 5 bornes ses 1000D+ nécessaires, le traileur est heureux. Il a eu sa dose. Ensuite, il faut veiller à éviter le bad trip et ses « up & down » dévastateurs. Les organisateurs ont bien compris ce vice qui ronge le traileur. Ils ont ainsi développé une version plus pure appelée KV dans le jargon, mieux connue dans les médias sous le nom de Kilomètre Vertical. Le danger est réel car plus que l’overdose, la descente peut être dangereuse.

« Se faire péter les varices » : donner le meilleur de soi-même et exploser son chrono. Comme quoi, il n’y a pas que mami en montant les escaliers qui peut y arriver. D’ailleurs, je soupçonne les équipementiers en vêtement de compression de vouloir taire ce problème structurel !

« Ça pique » : cette expression a malheureusement perdu de sa superbe. Utilisé jusqu’il y a quelques années en paraphrase de la précédente, elle a malheureusement été récupérée par un groupe de coureurs parisiens qui n’a eu de cesse de l’utiliser à tord et surtout à travers. De la montée des marches des ponts du canal St Martin, aux buttes de Chaumont, en passant par la session de VMA « en côtes » aux jardins du Luxembourg, tout était prétexte à son utilisation. Devenu hashtag risible sur « Instagram », les montagnards et autres coureurs des bois l’ont délaissé. Certes, avec beaucoup de regrets… ou pas !

« Obliquer » : le traileur en poète des temps modernes veille toujours à faire de sa course un éden sportif  lors de ses comptes-rendus. Pourtant, ce n’est pas rose tout le temps ! Cette incommensurables mal de ventre vous fera faire de somptueux détours que la majorité veille à taire honteusement lors de leurs compte-rendus. Cependant, il y en a qui ne manque pas de le mentionner. Votre serviteur en fait d’ailleurs partie ! Bein oui, il faut pas croire que ça sent le lys tout le long du parcours !

« Praliner le rocher » : version chocolatière de l’expression précédente et propre à la montagne. Praliner le rocher arrive à celui qui abuse des glucides ! Calmez vous les gars, le fructose et le glucose, ça fait des chocapic !

« Avoir les jambonneaux graissés » : se dit d’un traileur affuté qui survole littéralement les côtes. Bref, la machine qui vous dépassera dès le départ à la vitesse de votre Vitesse Maximale Aérobie.

« Machine » : Lorsqu’un traileur revient de la Hardrock avant d’enfiler les 80km du Mont Blanc et la Tromso Skyrace, ses camarades, dont le plus grand exploit est l’OCC 2015, sont tous dégoutés de l’aisance avec laquelle il enchaine les courses. Alors que vous, vous avez du attendre 6 mois après l’OCC pour vous remettre des minables 3300m de dénivelé. La machine, qui vous sert de pote, enfile le même D+ en trois jours !

« On n’est pas là pour acheter un bout de terrain » : l’entraînement en groupe est toujours un plaisir jusqu’au jour ou vous sortirez cette phrase à votre camarade d’infortune qui n’avance pas assez à votre goût ! Le divorce est consommé et, non, vous n’achèterez jamais de terrain ensemble, c’est une certitude ! Cette maxime fonctionne très bien également en autoflagellation (comme la suivante d’ailleurs). Sébastien Chaigneau en est d’ailleurs un grand utilisateur (de la maxime et donc de l’autoflagellation). Ce monsieur ne sera jamais agent immobilier, vous pouvez me croire.

« Sors toi les doigts du cul » : version plus scatophile que la précédente. L’objectif est le même ! Evitez cependant d’utiliser vos doigts pour trouver le sens du vent ou indiquez la direction à suivre au risque de courir seul ! J’en profite pour rester dans le sujet :

 

« Se foutre une mine » : l’échec de votre dernière course/entraînement est déjà loin ! Aujourd’hui, vous avez décidé d’aller au bout, de vous mettre bien ! Bref, de vous vous foutre une mine. Vous rentrerez chez vous après comme une lavette et le canapé sera votre seul salut !

« Mettre une mine » : aujourd’hui, vous êtes machiavélique et vous avez décidé d’emmener vos copains sur vos terre d’enterrement. En gros salopard, vous allez avancer comme une balle pour bien les crever. Vous leur foutez une mine en somme. Par contre, pas sur qu’il reste pour la bière d’après entraînement !

« Remettre l’église au milieu du village » : d’origine vosgienne, l’application de cette expression au monde du trail et sa démocratisation revient à un barbu connu sous le nom de Gardien d’Anozel. Il paraît qu’il est pas mauvais en course à pied. C’est sans doute la barbe ! Bref, l’utilisation de cette maxime est souvent utilisée après un entraînement forestier directement dans le pentu ou une compétition brute de décoffrage où le coureur est livré à lui-même. On revient à l’essentiel, ça remet les choses en place, c’est clarifié. Finalement, c’est mathématique : on remet l’église au milieu… du village. CQFD.

« Passer son temps à tricoter/mouliner » : le traileur est parfois blessé. Or, un traileur qui ne court pas c’est chiant. Ça râle tout le temps, c’est douillet (comme David mais en moins large). Pour éponger toute la frustration accumulée, il va alors dépoussiérer la vieille bicyclette et partir tricoter, mouliner, pédaler… En finalité, il fout la paix à sa femme !

« Grimper en claironnant/fanfaronner » : Malgré les conseils que je vous ai donné, vous ne m’avez pas écouté. Vous avez abusé des glucides. Les intestins travaillent. Et hop, la première difficulté se profile et, tout content, vous décidez de sortir l’orchestre ! Plus prosaïquement, vous pétez ! Chaque foulée, chaque petit rebond de votre corps fait ressortir le musicien qui est en vous.

« Orval » : boisson houblonnée donnant des ailes aux belges sur les courses de montagne. Élixir que seuls apprécient à sa juste valeur le coureur des bois wallons. Boisson de récupération par excellence, c’est le secret de la fête éternel après la course. Vous voulez faire la peau au belge qui vous a doublé dans la dernière côte? Venez après une course et vous les verrez, UN Orval en main. L’accord est important !

« Blogueur traileur » : bonhomme qui court un peu et parle beaucoup (de soi). « Ma » course par ci, « mes » tests par là, « mes » conseils et « mon » chrono pour finir, donne des boutons à certains mais passe énormément de temps afin de transmettre sa passion, tout simplement…

Sur ces paroles, bonsoir !

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