Le syndrome d’amnésie de course

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Aujourd’hui, je voulais prendre ma plume pour vous narrer mon dernier trail, le Montoxytrail, un trail boueux de 17km et 450D+. J’aurais aimé vous décrire le parcours, les paysages, les difficultés. Pourtant aujourd’hui mon texte restera vierge de ces considérations. Ce n’est pas un problème d’inspiration, je suis simplement frappé du syndrome d’amnésie de course

« Au commencement était le Verbe… », chap. 1, verset 1, Evangile selon Saint Jean. J’ai envie d’ajouter : « et il en fut ainsi jusque la fin ». Durant cette course, il n’y eut que borborygmes ineptes, halètements inaudibles et pensées oubliés. Le syndrome d’amnésie de course vous tombe dessus comme un entraînement imprévu ou … une gueule de bois un lendemain de guindaille. Vous essayez que cela n’arrive jamais et pourtant…

Le syndrome d’amnésie de course est néanmoins révélateur d’une chose : vous êtes allés au bout de vous-mêmes. Portant d’autres sobriquets plus conciliant pour votre orgueil comme « mordre sur sa chique », « avoir le nez dans le guidon », « donner tout », il n’en reste pas moins que vous êtes incapables de raconter votre course. Certains avoueront même avoir rendu les quelques tucs tout juste avalés à l’arrivée.

« La dernière fois que j’ai vécu ça, j’avais trop bu « , vous lâche votre camarade d’aventure habitué à une autre forme de jusqu-en-boutisme. A cette réflexion hautement philosophique à défaut d’être profonde, vous tentez cependant d’y voir clair. Serais-je devenu une machine ? Cette expression est souvent usitée pour désigner des coureurs meilleurs que soi ! Non, vous n’êtes pas devenu une machine. Vous avez juste atteint un palier supplémentaire dans l’échelle sans fin qu’est la vie du coureur à pied.

Amnésie de course

Ce samedi peut donc être considéré comme une étape, un jalon… En écrivant ces mots, j’ai presque envie d’élever un autel à la déesse Souffrance. Je vais cependant modérer mes propos en vous disant que, pour la première fois dans ma vie de coureur, j’ai vraiment été à bloc du début à la fin. Tout de suite, cette dernière phrase sonne bien. Vous ne trouvez pas ? « A bloc ! », ça fait warrior, non ? Non ?! Ouais, vous avez raison. Etre à bloc et plafonner à 10,6 km/h de moyenne, ça fait tout de suite moins classe. C’est un peu comme se venter d’avoir atteint le 0 à 100km/h en 1 minute 30 avec sa 4L . Pourtant ! Pourtant ! (Remarquez la répétition pour attirer votre attention). On sous-estime souvent la valeur de ces petites cylindrées.

Trêve de plaisanterie, je trouve que, à défaut d’être très agréables, ces courses ont le mérite d’améliorer le mental. On se focalise sur sa respiration, sur sa foulée, sur ses appuis. En se concentrant sur ces petites choses, on repousse les limites. Pas après pas, la barrière de la douleur recule abattue par la force de l’obstination. Finalement, au bout de 17km et 1h30 de souffrance, vous remarquez que vous êtes plus masochistes que prévu. Cela vous fait sourire et, malgré la douleur, vous restez fier de vous même si le chrono n’a pas été à la hauteur.

Le syndrome d’amnésie de course possède donc cette vertu masochiste procurant, comme seul souvenir, la douleur que vous avez vécue durant la course. Même si vous n’avez pu profiter du paysage, vous savez que votre progression mentale et physique aura franchi un cap !

Et vous ? Avez-vous déjà été frappé par le syndrome d’amnésie de course ? Racontez-moi tout dans les commentaires…

Commentaires

4 Commentaires

  1. Il faut dire cette Houppe était très bonne aussi 😉
    L’amnésie de course j’en ai à chaque fois qu’il y a de l’orval à l’arrivé

  2. Oh, j’aurais bien aimé lire le récit de ta course pour une fois qu’on a couru la même distance 😉 J’ai souffert mais je me souviens bien de ma course, je me rappelle mes 2h02 de boues, de montées, de descentes et encore de boue. Félicitations pour ta performance et ton amnésie

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