Wild Runner Part. 3 : Anton Krupicka

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Anton Krupicka, Boulder, USA est un de ces personnages que Kerouac ou McCandless aurait très bien pu croiser lors de leurs errances « into the wild ». L’homme, les longs cheveux et barbus, court torse nu en mini short et avec des chaussures minimalistes, une sorte de vagabond de la montagne qui élève la course à pied en philosophie de vie.

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Le mec a tout d’un personnage de film ! Il est descendant d’immigrés tchèques qui ont fuit leur pays au 19e siècle à la suite de la persécution catholique. Ses parents sont éleveurs de bétail à Niobrara, Nebraska. Le petit Anton grandit dans les Grande Plaine du Midwest dans un environnement on ne peut plus plat. Cela ne l’empêche pas de participer à son premier Marathon à 12 ans. Adolescent, il enchaîne ses 200 km hebdomadaire tout en lisant du Edward Abbey (le Thoreau de l’Ouest), il raconte : « J’ai commencé à courir très jeune de cette façon parce que c’était en moi. Cela a très rapidement été une part importante de ma personnalité. Il n’y avait pas beaucoup de distractions… Alors je me suis concentré sur une seule et unique chose ».

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Après un passage par Colorado Springs, il s’installe à Boulder, Colorado pour ses études. Il obtient un degree en physique, philosophie et géologie. C’est là dans la capitale des sports outdoor made in US (avec Moab en Utah) que la légende d’Anton Krupicka commence. Pour limiter les coûts, il dors pendant un an sous le lit d’un ami et ira jusqu’à dormir dans des toilettes publiques la veille de Leadville 100. Révélé en Europe après son duel avec Kilian Jornet lors de la Western States 2010 (il termine deuxième derrière Geoff Roes et devant Kilian), le mythe du Clochard Céleste, barbu, les cheveux longs, quasi Christique vivant dans son pick-up et courant en montagne au gré de ses envies marque directement les esprits. « Ce ne sont pas des légendes même si tout ce qu’on dit sur moi n’est pas vrai. Je ne suis pas un vagabond mais je suis pratique ». Cet esprit pratique et ce mode de vie austère, il l’a clairement développé avec son enfance à la ferme.

C’est ce qui me fascine chez Krupicka, c’est cette forme de nonchalance propre au hobo. Il vit sans attache particulière. Bien qu’il possède désormais un appartement (qui lui sert davantage à entreposer ses affaires), il continue de vivre autant que possible dans son pick up. Krupicka, comme Mike Foote, Pablo Vigil ou Joe Grant a élevé la course à pied au rang de mode de vie. Courir, être dans la montagne, évoluer dans la Nature devient plus important que la compétition. De la même manière, le formatage au chronomètre et aux plans d’entraînement n’existe pas. S’il ne se sent pas en forme un jour, il n’aura aucun problème à reporter la séance au lendemain.

Thomas Lorblanchet a côtoyé l’américain pour préparer Leadville en 2012 et déclare concernant les coureurs américains : « Ils n’ont pas d’attache, pas de contrainte. Ils recherches ce côté roots, cette nomadisation au risque de se laisser enfermer dans ce mode de fonctionnement. […] [En France,] on n’a pas, non plus, de ville comme Boulder avec une culture sportive hippie. Cela dit, Anton fait vraiment le métier. Des semaines à 150 miles dans la montagne, il faut les faire ». D’ailleurs, son mode d’entraînement est payant puisqu’il gagnera deux fois Leadville 100 (2006 et 2007), plusieurs 50 et 100k et terminera 2e du Cavalls del Vent en 2012. En 2013, il se casse la jambe et revient en 2014 où il doit abandonner sur la Transvulcania (grippe) et abandonne sur blessure à l’UTMB.

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Et comme son pendant européen, Kilian Jornet, son futur s’oriente de plus en plus vers des projets en montagne (durant son année de repos forcé, il s’est naturellement tourné vers la rando et l’escalade en Montagne). Il s’est notamment attaqué au début de l’été dernier au Nolan’s 14. Il s’agit d’aligner l’ascension des sommets de plus de 4200m (14000 ft) du Colorado et sur 160 km. Malheureusement, il a du abandonner après 8 sommets. New Balance a suivi sa tentative et l’a présentée dans des vidéos dans lesquelles on peut un peu mieux appréhender sa manière de courir, son mode de vie mais aussi cette passion qui prend de plus en plus d’ampleur chez les Moutain Runners : le scrambling, cette discipline mixant escalade et course à pied.

Au final, Anton Krupicka est un peu le symbole actuel (à la manière de Jornet pour l’Europe et à qui Krupicka est souvent comparé) de la course en montagne aux States. Tout comme Kilian Jornet, il fait partie de cette jeune génération de coureurs qui ont développés une implication et un investissement total dans leur sport et pour qui la montagne et la Nature importe plus que la course ou la compétition. Il n’est donc pas étonnant de voir Krupicka s’impliquer dans des projets comme Nolan’s 14, un peu à la manière de Kilian et son Summits of my Life.

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En 2014 lors de l’UTMB, Anton Krupicka marque les esprits en continuant sa course malgré de grandes douleurs. Il dort près de 4 heures à Trient mais décide de repartir afin de finir l’UTMB qu’il avait du abandonner l’année précédente. Pour moi, il représente véritablement l’esprit Trail alors qu’une grande partie des élites auraient abandonner parce qu’ils n’auraient pas fini dans les temps escomptés, il continue coûte que coûte. Bel esprit !

En Janvier 2015, le journal L’équipe publie un portrait en vidéo de la légende du Trail :

http://www.lequipe.fr/explore-video/anton-krupicka-ultra-pur/

Les citations de Krupicka proviennent de l’entretien paru dans :

Benjamin Steen, « Krupicka way of life », Trails endurance, Outdoor Éditions, no 100, août 2013, p. 46 à 49.

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