Trail du Saint Jacques au Puy-en-Velay

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Les Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle sont parmi les sentiers de randonnée les plus célèbres. De nombreux pèlerins ou randonneurs du monde entier se donnent rendez-vous à Puy-en-Velay pour entamer la célèbre Via Podiensis. Depuis cinq ans maintenant, un Trail du Saint Jacques au Puy-en-Velay éclaire sportivement ces chemins. Petit retour sur une course atypique qui verra naître son équivalent namurois dans quelques mois…


Le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle

Depuis le haut moyen-âge et la découverte de la tombe de saint Jacques en Galice, les pèlerins foulent ces chemins en direction de Compostelle. Il faut néanmoins attendre le 12e siècle pour que le pèlerinage se structure durablement. En pleine période de croisade, la ville devient un évêché.

Le Codex Calixtinus est également composé à cette époque. Il rassemble chants, liturgies, textes hagiographiques mais aussi le fameux guide du pèlerin. Cette dernière partie est une sorte de « Guide Michelin » médiévale pour le pèlerin. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce texte n’a pas du tout été diffusé durant le Moyen-âge mais instrumentalisé au 19e siècle afin de redynamiser le pèlerinage qui se mourrait littéralement.

Durant tout le Moyen-âge, les chemins vers Compostelle accueilleront de nombreux pèlerins. Déjà à cette époque, la ville du Puy-en-Velay est le lieu de départ le plus important vers Saint-Jacques-de-Compostelle. La ville est un lieu de pèlerinage important depuis le don par saint Louis de la célèbre vierge noire.

La rapide prospérité du pèlerinage verra se développer progressivement des structures d’accueil afin d’accueillir au mieux les pèlerins. Il n’en reste pas moins que les pèlerins partaient pour de nombreux mois sur les routes avec tous les risques que cela comportaient (maladie, vol, ou les deux).


Du pèlerinage au Trail

Les motivations pour réaliser le pèlerinage de Compostelle ont énormément évolué au cours des siècles. Aujourd’hui, elles sont sont multiples et…personnelles. La religion n’est plus la raison première depuis longtemps. Introspection, découverte, objectif sportif ont remplacé la vision pieuse depuis bien longtemps.

De plus, l’établissement des Chemins de Saint Jacques comme Itinéraire culturel européen par le Conseil de l’Europe a largement participé à l’élargissement et à la renaissance du Camino comme parcours patrimonial et historique en Europe.

L’organisation du Grand Trail du Saint Jacques s’inscrit dans cette volonté. Au 21e siècle, les Chemins de Saint Jacques baignés par des siècles d’Histoire sont désormais devenus des parcours historiques que l’on peut parcourir aussi librement que l’on souhaite ! Ce 11 juin 2016, c’est avec un objectif purement sportif que je me suis élancé sur le Camino…

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Trail du Saint Jacques au Puy-en-Velay

La Fédération du Tourisme de la Province de Namur (FTPN) organisera le 2 octobre 2016 le Trail du Saint Jacques, d’une Citadelle à l’autre. Dans cette perspective, j’y ai été envoyé comme ambassadeur du futur trail du Saint Jacques organisé en terre namuroise. Ce fut une excellente opportunité de découvrir un coin de la France que je ne connaissais pas et de pouvoir courir ce trail dont cette 5e édition a accueilli plus de 2200 coureurs et marcheurs.

Autant vous le dire tout de suite, je n’avais entendu que très vaguement parler de cette course. Je ne savais donc pas à quoi m’attendre. On m’a annoncé ma participation quelques semaines avant. Je m’élance donc très modestement sur la version 32km car fin juin, je participe au Marathon du Mont Blanc. Il ne s’agit pas d’aller se « cramer ». L’organisation proposait également les distances suivantes : 17km, 48km, 72km et 100km ainsi que deux randonnées (14 et 28km).

Autre particularité, toutes les courses se déroulent en ligne. Je vous en avais déjà parlé à plusieurs reprises. J’adore ce type de course car cela se rapproche véritablement de l’expérience du voyage. On chemine d’un point A à un point B. Mentalement, je trouve cela extrêmement motivant.

Trail du Saint Jacques au Puy-en-Velay
© Benoit Martin
  • Départ

Le samedi matin, lever aux aurores avec le soleil (contrairement aux prévisions météo), je prends le bus avec mes futurs concurrents. Il nous amène à la frontière du Gévaudan à St-Privat-d’Allier, magnifique petit village médiéval cerné de gorges forestière.

Au départ, j’ai du mal à estimer le nombre de coureurs à cause de la petitesse de la ruelle d’où le départ se donne. Le speaker annonce 400. Je me suis placé dans le premier quart du peloton. J’ai peur que le parcours nous emmène trop rapidement sur des chemins techniques. Pour cette course, j’ai décidé de partir relativement léger : mon Ultra Bag Waa avec deux bidons d’eau et un peu de pain du montagnard, la veste de pluie par sécurité dans le sac.

Le départ est lancé. Devant, ça démarre vite mais pas autant qu’en Belgique. Le parcours étire le peloton en empruntant un bon kilomètre de macadam en descente. Très rapidement, le peloton s’aère. Je regarde autour de moi. Nous descendons dans la gorge pour mieux la remonter. Le chemin en macadam devient rapidement un chemin forestier puis un single track. J’en profite pour lâcher le frein à main. Cela plusieurs semaines que j’essaie de m’améliorer en descente. Je double.

  • Stratégie

Pour cette course, le mot d’ordre est entrainement. J’ai envie de me faire plaisir mais il faut que cela soit profitable dans ma (fin) préparation pour le Marathon du Mont Blanc.

Je décide donc de faire la course en négative split c’est-à-dire accélérer dans la seconde partie de course.

D’autre part, j’ai décidé de pousser sur le plat, de récupérer en côte et de foncer en descendre. On verra si j’arriverai à tenir mais je veux que cette sortie de 32km soit qualitative.

  • Côte

Après cette descente au fond des gorges, s’ensuit la remontée vers le plateau. Cette partie de la course possède un profil assez raide puisque ce n’est pas moins de 600m de D+ en 7km que nous allons subir, soit 2/3 du dénivelé du parcours ! Je ne me pose pas de questions. Je marche. Beaucoup s’évertue à courir mais je ne pense pas que c’est le bon plan. Par contre, un à deux mètres avant la fin, je relance et rattrape presque systématiquement les coureurs de côtes.

Dans cette partie, je peux pas m’empêcher de m’arrêter car les paysages sont somptueux. Les coureurs se voient offrir une vue complètement dégagée sur le Gévaudan et l’Auvergne.

  • 10 km

Au sommet, à 1200 mètres, nous sommes au point culminant de la course et au premier ravitaillement. Comme à mon habitude, je prends le temps de m’arrêter pour m’alimenter et m’hydrater correctement. La partie de course qui se profile devant moi est particulière. En effet, après une petite descente plus technique, il va falloir allonger et cavaler comme sur un 10 bornes car le plateau est en léger faux-plat descendant.

Le soleil caché depuis le départ derrière un léger voile nuageux décide de réapparaître. Le plateau est complètement exposé. Cela chauffe instantanément ! Je n’ai pas intérêt à compter fleurette si je ne veux pas souffrir de la chaleur. Depuis mon arrivée sur le plateau, j’étais un peu trop rapide mais vu que je comptais accélérer en seconde partie de course, je maintiens. Je parcours ces 10 bornes à du 12km/h en comptant mon arrêt au 2e ravito. Je devais être aux alentours des 13-13,5km/h sur toute cette section. C’est pas mal pour moi car je ne suis vraiment pas un rapide sur des longues sections comme ça.

Les paysages sur le plateau me font pensé à ces larges sections roulantes de la Western States, les montagnes à l’horizon en moins

Au delà de tous les aspects de la course, j’ai surtout été frappé par ce petit « quelque chose » sur le chemin de St Jacques. Est-ce le poids de l’Histoire, la spiritualité des pèlerins ou la nonchalance du randonneur au long cours ? Je ne saurais le dire mais quoi que cela puisse être, cela donne une ambiance particulière à ces chemins.

  • Cassure

J’avais repéré sur la carte une zone plus technique à proximité des gorges de Dolaizon. De fait, après La Roche et sa descente ultra technique, une longue côte de 150m de D+ se dresse devant nous. Après avoir couru 10 bornes rapides, remettre les guiboles en condition pour aborder à nouveau du dénivelé n’est pas une mince affaire. D’ailleurs dans la descente qui s’ensuit, j’ai eu un coup de moins bien qui m’a suivi pendant deux kilomètres m’obligeant à marcher sur un léger faux-plat montant !

C’est d’ailleurs la seule fois de la course que je me ferai doubler !

Heureusement, ce petit coup de mou ne sera que de courte durée et j’arrive à recoller le concurrent qui vient de me passer. Il me tire sur la petite section de plat qui mène à une descente technique où j’applique à nouveau les conseils de papy Brossard : à fond dans la pente ! Ça marche !

Au dernier ravito, on m’annonce que je suis dans les 40 premiers. Je n’y crois pas trop. J’ai d’ailleurs bien fait car le pierriers du chemin des Chibotes (cabanes en pierre sèche) qui suit fait mal, très mal ! Je me retrouve seul et j’ai du mal à me concentrer. J’aperçois enfin un concurrent devant moi pour me motiver. Je m’accroche et le rattrape.

Trail du Saint Jacques au Puy-en-Velay
© Benoit Martin
  • Arrivée

Une fois sorti de cette zone cassante, il reste quelques petits coup de cul et puis la descente vers l’arrivée. Au loin, j’aperçois des concurrents. Cela me rebooste. Je me mets donc en chasse. Dans la descente finale, je suis de loin plus frais que mes camarades d’infortunes et les rattrape un à un.

Arrivé en ville, le seul coureur que je peux encore rattrapé me donne du fil à retordre. Il met une dent 100mètres avant le début de la côte finale. « Trop tôt », me dis-je. Je le rattrape au pied et lance mon ultime « attaque » du jour.

Le pourcentage de la route s’élève. Les crampes apparaissent : aux ischio, puis aux cuisses… Je tiens. La ligne. Fin.

La course est terminée et j’en suis content. Encore plus quand j’apprends mon classement : 37e sur 377… Le niveau de la course n’était pas très élevé. Finir 37e en dernière sortie longue avant le Marathon du Mont Blanc, je crois que c’est un peu exagéré ^^. M’enfin, je ne gâche pas mon plaisir. Niveau élevé ou pas, une aussi belle place à mon niveau, on ne crache pas dessus et c’est de toute façon 100% bénéfique pour le mental.


Le Puy-en-Velay, décor fantastique

Arrivé la veille, je me perds dans les rues du Puy-en-Velay. L’histoire s’affiche à vous à chaque coin de rue. Les rues pavées de roche de lave abritent de nombreux gîtes et couverts pour les pèlerins, facilement identifiable à leur coquille brinquebalant sur leur sac-à-dos. La cathédrale et la statue de la vierge domine la ville tandis que se dresse la chapelle St Michel au sommet du piton volcanique de l’Aiguilhe. Cette ville me fait penser aux villes fantastiques du Seigneurs des Anneaux ou de Game of thrones.

Sise au fond d’une cuvette, le Puy-en-Velay possède le charme théâtral de ces villes qui se laissent observer en hauteur. D’ailleurs, je vous conseille fortement de vous élever sur les hauteurs qui entourent la ville afin de profiter de la vue. Durant ces deux jours au Puy-en-Velay, j’ai énormément apprécié l’ambiance « St Jacques ». De nombreux pèlerins de tout âge et de toute nationalité se retrouvent au Puy pour entamer leur grand voyage. Cela baigne la ville dans cet élan propre aux grands voyages. Une petite ville mais riche en découverte que mon trop court séjour ne m’aura pas permis d’approfondir.


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