Les Américains qui courent « Into the Wild »

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Une chose frappe quand on observe les coureurs américains en Ultra-Trail : leur rapport à la Nature. Je vous propose ici une immersion dans leurs philosophies.

An American, insofar as he is new and different at all, is a civilized man who has renewed himself in the wild – Wallace Stegner

La Nature sauvage

Dans le cadre de ma thèse de fin d’étude en Histoire, j’ai étudié  la représentation du paysage américain dans le cinéma contestataire des années 60. Mes conclusions étaient que la nature sauvage constituait un véritable fondement de l’identité américaine. Présente depuis la déclaration d’Indépendance, la Nature est le principe suprême sur lequel repose l’Amérique. Très rapidement, cette Wilderness, nature sauvage, lieu magnifique mais dangereux suscite le désir et la contemplation. Deux comportements émergent donc naturellement : celui de la conquête et de l’exploitation des ressources et celui de la protection et son élévation en lieu de ressourcement.

Ansel Adams, Yosemite Valley.

Cette idée de la Nature comme lieu d’introspection a été largement valorisée durant les années 60 et 70 à une époque où l’American way of life était élevée en principe suprême et unique. Pourtant derrière le clinquant et l’opulence se cachent les plus grandes contestations : étudiantes (Berkeley), pour les droits civiques (Martin Luther King, fin de la ségrégation), contre le Vietnam (nombreuses manifestations). Ces contestations vont également faire naître un mouvement plus globale et contre-culturel que symbolise les Hippies. Ces contestataires vont élever la Nature comme valeur essentielle à suivre et à retrouver. 

Des auteurs du 19e siècles sont alors remis au goût du jour : les transcendantalistes. Leur réflexion qu’Emerson a théorisée dans son traité Nature et que Thoreau a mis en application dans son Walden or life in the woods pose la Nature, dont l’homme fait intégralement partie, comme expression du divin. Ce panenthéisme fonde les principes fondamentaux de justice, égalité et liberté dans la compréhension des lois de Nature. Mais l’accès au Savoir demande une ascèse into the wild, en pleine nature, pour reprendre le titre du film de Sean Penn. « In the wilderness, I find something more dear and connate than in streets or villages. In the tranquil landscape, and especially in the distant line of the horizon, man beholds somewhat as beautiful as his own nature » (Emerson R.W., Nature, Boston, James Munroe and company, 1836, p. 12). L’homme ne devient sage que quand il décèle le lien existant entre son esprit et le monde car « […] la totalité de la nature est une métaphore de l’esprit humain » (Emerson R.W., La Nature, Paris, Allia, 2004, p. 40). Biensur, le mouvement hippie a repris ces principes dans une contemplation extatiques de la Nature qu’ils atteignaient avec l’usage de drogues, de voyages et d’expérience.

American Runners

Or, lorsque les noms d’Anton Krupicka, Timothy Olson, Scott Jureck ou encore Pablo Vigil sont parvenus à mes oreilles. J’ai tout de suite pensé non pas aux Hippies et encore moins au transcendantalisme mais à cette importance quasi viscérale de la Nature dans l’esprit américain. Leur style de vie, leur manière de courir « au naturel » sans se soucier d’autre chose que le plaisir de courir dans la montagne, boire l’eau des torrents, manger des baies et profiter de l’instant dans l’effort. J’aime ces Krupicka, Jureck Vigil mais aussi Rickey Gates ou Joe Grant… parce que courir ne se limite pas à… courir. Courir s’insère dans quelque chose de plus large : un style de vie.

Courir est une ascèse dans laquelle Krupicka, Jureck et Vigil trouve le moyen de rentrer en connexion avec le monde. Pour d’autres, il ne s’agit pas seulement de courir mais de prendre en photo ou d’écrire comme Rickey Gates ou Scott Jureck… Personnellement, j’ai un faible pour cette perception de la course à pieds. Il s’agit de courir pour son plaisir et où les frontières entre plaisir, entrainement, compétition ont disparue. Dans cette optique, la course à pieds devient aussi discipline de vie où l’écoute du corps et de l’esprit est tout aussi important que les performances. Ainsi, Scott Jureck est véganien depuis 1999. Il est devenu célèbre pour avoir publié le bookseller « Eat & Run ». De son côté, Timothy Olson a adopté un régime sans gluten. De son côté, Krupicka est un peu le « hipster runner ». Il vit une bonne partie de l’année dans un pick up et sillonne les Etats-Unis à la recherche de lieu où courir.

Mais plutôt que de m’étendre sur eux, je laisse Kilian Jornet vous les faire découvrir à travers de ses Kilian’s Quests :

Scott Jureck

 

 

Pablo Vigil

 

 

Anton Krupicka

 

 

 

American Runs

A côté des coureurs, les courses qui parcourent le grand territoire américain n’ont rien perdu de cet élan fou des pionniers du siècle passé. Il y a une forme de folie dur et sauvage dans l’élaboration de ces courses et une volonté délibérée de maintenir cet esprit. Il est d’ailleurs remarquable qu’il n’y a pas véritablement de vainqueurs : y participer est déjà une victoire et finir la course, même dernier, un exploit.

Je vous invite à parcourir sur le net pour découvrir leur doux noms : Hardrock 100, Leadville 100, Western States…
Je termine juste par une vidéo parue récemment sur le web présentant la Leadville 100 et qui est « très » Western Style ! Enjoy !

 

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