Voyager en Laponie du Sud, c’est retrouver son instinct d’aventurier, évoluer dans une nature sauvage à perte de vue et contempler les couleurs magiques du Grand Nord. S’aventurer là haut, c’est contempler le miroir de son âme et prendre rendez-vous avec les lueurs célestes. Cette escapade glacée fut bien évidemment trop courte mais elle a laissé dans mon âme une empreinte, une empreinte boréale.


Quand on s’est reclus dans un bois, il n’y a que le soleil dont on supporte l’intrusion.

– Sylvain Tesson

La Laponie du Sud

Rien ne me prédestinait un jour à découvrir cette région de Suède perdue au milieu de nulle part ! Loin de la Laponie « touristique » du Nord, la Laponie du Sud ou South Lapland et la Höga Kusten toute proche constituent un no man’s land où l’emprise touristique est encore totalement absente. Finalement, le voyage comporte toujours son lot de surprises, la Laponie du Sud en fait partie.

Laponie du Sud

Parti rendre visite à la meilleure amie de ma compagne émigrée là haut depuis deux ans, je ne m’attentais pas à découvrir une nature aussi belle, aussi pure et aussi sauvage. Dans ce triangle formé par les villes de Umeå, Örnsköldsvik et Åsele, j’ai pu découvrir un peu de cette Suède du Nord qui possèdent deux des 29 parcs nationaux de Suède : le Skuleskogen National Park, inscrit avec la Höga Kusten au patrimoine mondiale de l’Unesco, et le Björnlandet National Park.

Suivez moi, je vous emmène à leur découverte. Embrassons ensemble la grandeur des paysages glacés.

Laponie du Sud


La Frontière sauvage

Paysages sauvages

Quittant la route côtière en provenance d’Umeå, porte d’entrée de la Laponie suédoise, je m’enfonce dans cette contrée boréale inconnue et inattendue. Blancheur, pureté et intensité, le paysage impose sa grandeur au premier regard. Intimidé par ce premier tête à tête, je prends conscience de la sauvagerie totale qui en imprègne chaque recoin.

Les nuages caressent la neige et forment un tableau monochrome duquel surgissent les noires carcasses des pins, armée des morts sylvestres.

Laponie du Sud

La route sillonne, froide et glacée au milieu du manteau blanc. Devant mes yeux défilent les écrits taillés à la hache et baignés de vodka de Jack London et Sylvain Tesson. J’y discerne également la simplicité de l’horizon dans une tempête de neige. Dans cette contrée polaire, l’esprit de la nature possède la force suffisante pour imposer à l’homme l’humilité nécessaire. La Laponie n’impose pas de manière. Il n’y a que le brutalité minimaliste des éléments.

J’entraperçois la folie pionnière des frontières du monde civilisé où les possibles n’ont de barrière que les engelures et les bêtes sauvages.

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Animaux sauvages

Dans cette immensité blanche, le calme et le silence sont les maîtres mots. La Laponie offre une harmonie mutique aux auditeurs extatiques. Et dans ce monde immaculé, les bêtes sauvages sont invisibles mais omniprésentes. La neige est la seule à trahir la présence de ses habitants.

Des dires des locaux, j’ai eu énormément de chances dans mes observations. En effet, il ne s’est pas passé un jour sans que je puisse observer rennes et élans. Emblème de la Laponie, les rennes sont sans doute les plus nombreux. Souvent domestiqués dans le grand nord pour l’élevage et le bât, les rennes de la Laponie Sud sont essentiellement sauvages. Quant aux élans et leur silhouette imposante, ils sont plus farouches et paradoxalement plus difficilement observables.

Contempler un animal sauvage, c’est toucher à l’irrémédiable insouciance de l’existence et à la fragile fondation de notre être.

L’observation de ces animaux restera parmi mes plus beaux souvenirs de ce séjour. Croiser leur regard, c’est croiser celui de la liberté absolue. Pourtant, il ne faut pas être un pro de l’affût pour les observer. Si j’ai un conseil à vous donner, bouger, bouger et bouger encore. Vous ne ferez que multiplier les chances d’en observer. Le Parc national du Björnlandet est particulièrement giboyeux et abrite de nombreuses espèces animales comme le renne et l’élan mais aussi l’ours (d’où le nom) et le lynx.

CONSEIL :
Repérez les sapins « barbus » et riche en lichens, ils sont les points de rendez-vous des herbivores !
Avancez d’une cinquantaine de mètres et veillez au sens du vent.
Il ne reste plus qu’à attendre et ouvrir les yeux…

Laponie du Sud

Laponie du Sud


L’esprit des trappeurs

Dans cette région à la frontière sud de la majestueuse Laponie, la nature s’expose dans sa forme la plus brute. La lumière polaire instaure le théâtre grandiose de nos aventures. Projeté par le froid glacial dans le maelström des explorations passées, nos pas construisent l’écho des légendes dans le silence des paysages enneigés.

L’horizon boréal marque votre âme au fer rouge et nourrit le feu de camp du récit de vos aventures.

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Des parcs et des cabanes

Comme partout ailleurs en Scandinavie, le droit d’accès à la nature permet de jouir librement des espaces naturels pour randonner, bivouaquer, pêcher, … Comme vous le savez, j’accorde énormément d’importance à ce concept de libre accès à la nature. Je vous en avais d’ailleurs parlé dans mon article sur les Lofoten et ma microaventure en forêt de Saint-Hubert. Pour moi, ce droit de nature devrait être la norme dans tous les pays pour peu qu’une éducation au respect de la Nature soit également présente.

En cette fin d’hiver, les parcs nationaux accentuent encore davantage la pure nature laponne. Véritables parenthèses isolées de toute présence humaine, le Skuleskogen et le Björnlandet National Park proposent un système de cabanes ouvertes permettant d’assouvir son rêve de trappeur. Profiter de la chaleur et du confort spartiate d’une cabane après une longue marche en pleine nature est un plaisir simple qui relève de la puissance royale du « Rien ». Ne rien posséder conduit aujourd’hui à la plus grande richesse : la liberté.

Entrer dans une cabane, c’est entrer dans une autre temporalité : celui des flocons qui tombent et du feu qui crépite

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L’esprit des cabanes

Une fois franchi le seuil de la porte, l’odeur du feu refroidi, celui de la cire des bougies et des vieux papiers des livres d’aventure invitent directement le randonneur à s’installer . J’allume le poêle et m’attable pour casser la croute. À l’extérieur, la neige étouffe tous les sons. Dans la cabane, c’est la vie : le crépitement du feu, le craquement du bois, le bruit de mes pas… On se sent directement chez soi.

Certes, Mon repas est frugal, le poêle éteint et la température glaciale pourtant j’ai envie de rester ici pour le restant de mes jours.

J’ai envie de goûter à la langueur des cabanes. J’ai envie de passer des heures à regarder défiler la lente mutation de la forêt. J’ai envie d’en noter chaque détail, chaque nuance de couleurs, chaque atmosphère de la nature au gré des saisons. J’ai envie de me casser le dos à fendre du bois. J’ai envie lire à la lueur des bougies ces écrivains-voyageurs pour me dire qu’on ne voyage jamais mieux qu’en soi-même. Un jour, moi aussi, je ferai ma grande retraite en cabane, celle des Thoreau, Abbey, Tolstoï et Tesson.

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Miroir de l’âme

Ce voyage est mon second en Scandinavie du Nord et le second où la confrontation avec la nature sauvage est aussi fort et puissant ; impossible d’être insensible. C’est assez rare mais j’ai vraiment du mal à trouver les mots pour vous retranscrire la force que ces paysages, en apparence monotone, peuvent exercer sur moi.

Une force métaphysique doit être à l’œuvre à moins que les paysages ne jouent leur rôle de miroir de l’âme ? Qu’importe la cause, les décrire me procurent autant de frissons que lors de leur première contemplation. L’expérience ressentie là-haut, cette connexion totale avec la nature, se rapproche de l’ataraxie absolue.

Voyager en Scandinavie, c’est danser avec les légendes et devenir le Shaman de ses aventures…

Laponie du Sud

En Laponie, les grands espaces changent l’échelle humaine. La nature reprend son rôle central et l’on fait face à ses propres peurs et aspirations. Arpenter cette région polaire, c’est se jeter dans l’abysse essentielle de son Être. En évoluant dans ces paysages sauvages, silencieux et majestueux, votre âme résonne dans l’écho du temps. Vous êtes en tête à tête avec vous même, votre esprit se vide et vous touchez à ce qui ressemble très fortement à la liberté absolue.

Il existe un feu souterrain qui couve dans la nature et jamais ne s’éteint, et dont aucun froid ne peut venir à bout […]. Ce feu souterrain a son autel dans chaque poitrine humaine. En effet, par le jour le plus froid et sur la colline la plus exposée, le marcheur nourrit dans les plis de sa veste un feu encore plus chaud que celui que l’on allume dans chaque foyer.

– Thoreau

Laponie du Sud


Les couleurs d’Aquilon

Lumières d’albâtre

Dans ce paysage nordique, le blanc prédomine pour mieux faire apparaître les nuances harmonieuses des couleurs boréales. L’été, le Midnattsol ou soleil de minuit offre des teintes dorées absolument fabuleuses mais l’hiver n’a rien à envier à la belle saison. Du matin au soir, pour peu que le ciel soit dégagé, les paysages se parent d’un panel de couleurs pastels extraordinaires.

Hiver polaire, palimpseste enluminé sur une feuille vierge…

Chaque heure du jour devient le prétexte à un nouveau spectacle où les couleurs bleu, or, vermeille et l’ensemble de leurs nuances apparaissent dans un balais continu. La neige devient la toile de la peinture cosmique. Je suis très sensible aux couleurs. Je pourrais rester des heures à contempler un paysage pour simplement capter l’ensemble des nuances qui se succèdent sur l’horizon. Voyager en Laponie, c’est ouvrir le nuancier d’un peintre, rentrer dans son atelier et découvrir toutes les expérimentations de son imagination.

Laponie du Sud

Aurora Borealis

Le soleil se couche dans un crépuscule flamboyant. La neige amplifie la luminosité et il faut attendre longtemps après le coucher du soleil pour enfin apercevoir les étoiles. Sur les quatre nuits passées en Suède, la moitié fut totalement claire. Malgré le quartier de lune présent, le cosmos s’animait sous mes yeux.

Le dernier soir, comme le précédent, j’ai prévu de sortir prendre des photos du ciel étoilé, vierge de toute pollution lumineuse. J’avoue que j’aspire secrètement à observer des aurores boréales. Je sais que les chances sont minces car je me situe beaucoup beaucoup plus au sud que la zone privilégiée pour leur apparition. Pourtant, aussi fou que cela puisse paraître, les applications de prévisions d’aurores s’affolent. L’activité des vents solaires augmentent tout d’un coup et les possibilités d’en observer au dessus de l’horizon sont décuplées.

Laponie du Sud

Je m’installe sur le lac gelé et pause mon appareil photo sur son pied. Comme la veille, la pose longue permet de déceler une fine ligne verte à l’horizon, invisible à l’oeil nu. Je sais qu’au Nord, un spectacle grandiose est en train de se dérouler. Mon attente n’est pourtant pas vaine. Après une vingtaine de minutes à attendre dans cette atmosphère glacée, l’horizon verdit. J’observe enfin cette ligne verte que l’appareil capte depuis hier.

Progressivement, cette rumeur vaporeuse apparaît de plus en plus distinctement. Dansant et tournoyant à l’horizon, les rideaux du plus beau spectacle sont désormais ouverts. C’est incroyablement beau. Je n’ai pas de mots pour exprimer le tournoiement des sentiments qui m’assaillent. Je tombe à genoux dans la neige comme les idolâtres des temps oubliés. Je remercie le ciel.

Magie. Silence. Contemplation !

Laponie du Sud


Conclusion : Empreintes boréales

Ces quelques jours dans cette région de Suède n’étaient pas du tout préparés. Je m’y suis rendu avec la naïveté du découvreur. Comme vous avez pu le remarquer à travers ce récit de voyage, je suis complètement tombé sous le charme de cette région, de ces habitants et de cette absence complète de structure touristique.

Ces quelques jours furent une coupure spatiale et temporelle totale. Les possibilités d’activités outdoor en hiver ne m’ont laissé apercevoir que l’infime partie des possibles estivaux. D’ailleurs, je ne vous cache pas que les idées et les prétextes pour y retourner ne font que s’accumuler depuis mon retour.

Ce type de voyage me permet de crier haut et fort qu’il n’y a pas besoin d’aller loin (4 heures d’avion) et longtemps (4jours) pour vivre une expérience inoubliable. Ces paysages m’ont tellement fasciné que moi, le traileur invétéré, n’ai même pas pensé à chausser mes baskets. J’étais trop concentré pour ne pas perdre une miette du spectacle permanent qui s’offrait à moi.

Laponie du Sud

Vidéo

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4 Commentaires

  1. C’est magique la Laponie !
    Et rester seul dans une cabane une expérience à vivre vraiment.
    Par contre la Laponie « du nord » n’est pas si touristique que ca, surtout en Suède. Éloigne toi de Kiruna en allant vers la Finlande et tu trouveras des endroits vraiment vierges…Bouh je veux y retourner !

  2. Karhunkierros , un sentier d’une centaine de km en Finlande en autonomie
    Il n’y a que les ours que je n’ai pas vu

    • Courir est un grand mot tant Il y avait de la neige mais le simple crissement des Pas dans ces ambiances sauvages est absolument extraordinaire ^^

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