Depuis plusieurs mois, l’ombre du loup plane sur les forêts d’Ardenne. Son retour est imminent. Les observations du loup en Ardenne s’accumulent en même temps que les peurs et les fantasmes. J’ai souhaité partir en forêt non pas pour le débusquer et le traquer mais pour ressentir sa présence imaginaire qui n’a jamais quitté la grande Ardenne…


Le loup en Ardenne

La brume persiste et s’accroche aux arbres. Cette longue trainée fantomatique donne un air de rivage tempétueux à l’orée des bois. Perdus dans les embruns forestiers, un écho résonne, à peine perceptible. La forêt souhaite nous révéler un lourd secret et, en même temps, elle souhaite le conserver caché dans les profondeurs sylvestres.

Loup en Ardenne

Indicible, impalpable et insaisissable, la rumeur du retour du loup en Ardenne se fraie un chemin à travers les arbres pour éclore autour du feu. Quelques bardes des temps modernes s’en emparent alors pour chanter les mystères de la grande forêt d’Ardenne.

Le retour du Loup réveille la fascination et la terreur des histoires oubliées…

Aujourd’hui, les mythes et légendes ont été remplacées par des observations. En 2011, plusieurs courtes vidéos capturent ce qui ressemble à un grand chien dans la région de Gedinne. Analysées par des spécialistes, le constat est sans appel. Il s’agit bel et bien d’un loup ! Depuis lors,  les observations réelles ou supposées se multiplient. Le loup est-il de retour en Ardenne ? En tout cas, le folklore se réveille dans le cœur des hommes.

loup en ardenne
Photo Shutterstock

Entre craintes et excitations, le retour possible du loup ne laisse pas indifférent.

D’autant plus que les données scientifiques le montrent, son retour n’est qu’une question de temps. Utilisant les grands couloirs forestiers, les loups vosgiens ou allemands n’ont besoin que de 2 jours pour atteindre notre territoire. Les loups observés jusqu’à aujourd’hui, solitaires, sont  des loups en dispersion. Bientôt, qui sait, des meutes s’installeront peut être dans nos forêts.

Le retour du loup réel ou fantasmé m’intrigue et me passionne. À mes yeux, il participe à la même dynamique irrationnelle ; celle qui a poussé les hommes à croire pendant des siècles au folklore qui narrait l’existence des nutons, des trolls et autres créatures fantastiques. Le retour du loup en Ardenne touche non seulement à la réalité scientifique mais aussi (et surtout) à cette rémanence des croyances légendaires.

Loup en Ardenne

#Microaventure : Sur les traces du loup en Ardenne

Plus que les données tangibles, la rumeur de sa présence accroît l’imagination et rend encore plus mystérieuse notre grande forêt d’Ardenne.

C’est avec l’esprit d’un barde que je suis retourné me plonger dans les bois obscurs de la vallée de l’Ourthe pour ressentir cette présence inénarrable, sans doute fantasmée mais prégnante dans chaque recoin de forêt…

Loup en Ardenne

Du plateau des Tailles

C’est au milieu des tourbières dans une ambiance glacée et brumeuse que ma quête fantasmagorique du loup débute. Sur ce plateau fagnard des Tailles, l’un des plus haut de Belgique, l’atmosphère qui y plane est un mélange subtile de rudesse et de beautés minimalistes. Les squelettes résineux se dressent vers le ciel comme autant d’âmes en peine, appel désespéré pour entamer le voyage.

Notre petit groupe s’enfonce dans le froid et l’obscurité de la forêt pour 50km. Nos pas nous guident directement en son cœur à travers sentes et chemins. La monotonie des sapinières scandent mes pensées. À chaque ombre mouvante, mon esprit croit y déceler la présence du loup comme si la forêt aspirait ardemment son retour en suscitant notre folle imagination.

Le bruissement dans les arbres, arpège de la nature et orfèvre de nos rêves…

loup en ardenne

Les enfants de Prométhée

La fine couche de neige devrait pourtant rendre tangible sa présence et celle des autres animaux sauvages. Pourtant, la pellicule de neige reste immaculée. Hormis quelques coulées, la sauvagerie reste invisible. Comment les animaux de la forêt arrivent-ils à se faire oublier alors même qu’ils sont les inspirateurs de nombreux mythes ? Cette question ne cesse de me hanter. J’en viens alors à penser à une chose :

La fracture entre l’humanité et la bestialité n’est point d’ordre civilisationnel, elle tient plus à cette capacité à se faire oublier. Ne serait-ce pas là l’expression même de la liberté ?

Loup en Ardenne

Se faire oublier, ne pas laisser de trace, disparaître des structures humaines seraient donc les voies d’accès à la liberté? La chose semble si simple ! Pourtant nous sommes tous enchaînés à nos habitudes. Nous sommes tous les enfants de Prométhée. Dévorés par des structures sociales, empêchés par une ligne de conduite imposée, nous n’existons que dans ces limites. Or, c’est oublier que celles de notre esprit sont infinies. Il ne tient qu’à nous de tourner le dos à ces vains canevas.

Le loup est cet aigle qui nous rappelle chaque jour que nous sommes enchaînés.

Au delà des croyances, le loup est pour moi un symbole de liberté (comme l’ensemble des animaux de la forêt). Comme l’aigle dévorant chaque jour le foie de Prométhée pour lui rappeler son erreur, l’insaisissabilité du loup nous rappelle constamment notre propre aliénation. Pourtant, au milieu de ces bois, perdu en pleine Ardenne, je peux sentir l’odeur de la liberté. Chaque sentier, chaque chemin, chaque trace est une porte ouverte vers l’aventure. Il ne tient qu’à nous de nous y engager…

Loup en Ardenne

Marcher jusqu’au crépuscule

Alors que mes pensées divaguent autour du loup, notre route nous mènent dans un paysage étrange où l’intervention de l’homme est manifeste. Les chemins forestiers rythment successivement les parcelles boisées et les coupes à blancs. La forêt n’échappe pas à la rationalisation humaine. Enfin, le pense-t-on ! Au milieu de cette exploitation, l’observateur remarquera rapidement l’opiniâtreté de la nature. Tantôt la flore des tourbières reprend possession des éclaircies, tantôt un sapin s’élève comme l’ultime résistant de son espèce.

Arbre isolé, Ent furieux chargeant l’Isengard de notre imagination

Le jour est déjà bien avancé quand nous arrivons dans la vallée de l’Ourthe orientale. Les sapinières monotones du plateau laissent rapidement place à un paysage sauvage que l’on a du mal à imaginer aussi encaissé. En contrebas, l’Ourthe orientale serpente en formant un fond de vallée humide. Elle rejoindra l’Ourthe occidentale à Engreux. Rassemblées, elles donneront naissance à l’Ourthe tumultueuse que j’ai eu la chance de parcourir en packraft.

L’encaissement et les crêtes boisées de la vallée la cachent aux yeux de la civilisation toute proche et lui conférant son atmosphère toute particulière. Parfois quelques centaines de mètres seulement séparent cette oasis ardennaise aux premières habitations. Comme le loup, la troupe de rôdeurs disparait aux yeux du monde. La crête forestière devient la porte d’entrée d’un royaume caché, celui des bêtes et des forestiers.

Loup en Ardenne

Loup en Ardenne

Sur les Hauts de Hurle-Vent

La nuit est tombée, le mercure a chuté et chaque chemin est devenu une patinoire. Nous allumons nos lampes frontales à la recherche d’un endroit où bivouaquer. Je quitte le sentier en éclaireur. Je ne peux m’empêcher d’imaginer des yeux tapis d’en l’ombre m’observant. Ma frontale en débusque deux qui scintillent au loin dans la nuit noir. Ils me fixent longuement.Je sais qu’il s’agit d’un renard. Il n’y a pas de doutes à avoir.

Mon imagination me précède et j’en viens à rêver au jour où le loup fera son grand retour. Je ne peux pas éviter à mon esprit de penser à toutes ces histoires que l’on raconte sur lui. Qu’arrivera-t-il le lorsque nos regards se croiseront ? Rien car à peine aurais-je penser à ces fantasmagories qu’il aura fuit, terrifié par ma simple présence. Le loup (comme le renard d’ailleurs) est sans doute l’animal qui traine le plus d’inepties à son sujet, fort des passions qu’il déchainent involontairement depuis des siècles.

Entre fascination et inquiétude, le loup ou plutôt sa représentation devient la catharsis de notre ignorance.

Après quelques minutes, je trouve l’endroit parfait : une sapinière avec un épais tapis de mousse. Le panorama sur la vallée se devine malgré l’obscurité. Au loin, nous apercevons la lumière des maisons. Leurs habitants vont très probablement passer à table. Ils sont au chaud et confortablement installé. Je n’y pense pas. Je ne les envie pas. Je préfère avoir les joues gelées par la brise nocturne et sentir mon corps meurtri par la marche de la journée.

Dans le vent glaciale qui balaie la cime des arbres nait la folie aventurière…

La tente est montée et le feu, péniblement allumé à cause de la neige, nous apporte la chaleur nécessaire pour passer la soirée. La chaleur du feu crée une aura lumineuse et chaleureuse qui nous sépare de la nuit froide et glaciale. Ce feu modeste devient notre seul protection face à la bestialité sylvestre. Je repense alors aux premiers hommes et à l’effet qu’a dû produire sur eux les premiers feux maîtrisés. Dans notre monde de la facilité, allumer un feu hivernal au milieu des bois prodigue une fierté oubliée.

Loup en Ardenne

Ce ne sont ni les loups, ni les esprits qui ont perturbés notre sommeil mais le froid mordant et le vent du Nord. Tourmentés par les éléments, la nuit ne fut pas très agréable pour mes compagnons d’infortunes. Grâce à un sac de couchage en provenance direct des froides contrées polonaises, la mienne fut plus agréable.

Il n’empêche qu’importe la qualité de son sommeil : dormir dehors vous remplit de la force des arbres qui vous entourent. Le bivouac possède cette magie qui vous fait oublier l’épreuve de la nuit. Sortir de sa tente, c’est renaître pour jouir de l’aventure à venir ! Et quel meilleur moyen de démarrer la journée avec un tel tableau ?

La brume est tombée offrant à notre campement de fortune une atmosphère onirique et magnifique.

Loup en Ardenne

Par delà la brume, j’entends le loup hurler

Nous vivons dans un monde de peurs et de craintes, imposées pour mieux nous utiliser, pour mieux nous conditionner. La monotonie et le contrôle nous sont présentés comme les garants de nos vies paisibles. L’aventure et la nature deviennent le théâtre de nos peurs les plus profondes. Ils sont comme les hurlements du loup : ils glacent le sang de l’ignorant mais réconfortent la meute!

Partir à l’aventure, c’est écouter le hurlement lointain du loup… L’appel de la meute… L’appel de la nature sauvage. Partir à l’aventure, c’est écouter la beauté sauvage de son esprit pour abandonner les carcans du quotidien et se jeter entier dans la sylve cosmique, l’Yggdrasil de nos vies.

Loup en Ardenne

Loup en Ardenne

Suivant l’appel de la forêt, nous continuons à sillonner la vallée de l’Ourthe orientale. Passant d’une rive à l’autre, d’un paysage à l’autre, le froid est moins fort que la veille et les paysages encore plus riches et envoûtants. Cette vallée méconnue est un petit joyaux qui se découvre lentement au gré de l’effort.

Elle dévoile successivement ses tableaux aux promeneurs solitaires. Clair obscurs ou romantisme « Friedrichien » mais sans manièrisme, la vallée de l’Ourthe orientale ne trompe jamais. Il n’y a point de grand paysages épiques ou de glorieuses montagnes mais elle possède la richesse et la délicatesse des premiers mots d’un carnet de voyage : exaltants et plein de perspectives….

Loup en Ardenne

Loup es-tu là ?

Alors que le jour décline, notre microaventure touche à sa fin. Je n’aurai évidemment pas croisé de loups mais j’aurai pu sentir sa présence dans chaque clairière, chaque sapinière et au dessus de chaque vallée traversée. Le loup n’a jamais vraiment quitté l’Ardenne. Sa puissance inspiratrice l’a maintenue en vie dans les récits et le folklore de la région.

Son retour physique n’est qu’une juste continuité des efforts mis en oeuvre pour préserver les massifs forestiers ardennais. La restauration des milieux écologiques (voir à ce propos l’ensemble des projets LIFE mis en oeuvre) et le développement de la forêt (l’Ardenne connaît une extension forestière unique) ne font que faciliter son retour. Et dans cet énorme biotope, le loup ne ferait que reprendre sa place de régulateur naturel.

Finalement dans toute cette quête, j’en ressors avec l’intime conviction que les fantasmes à son sujet créeront davantage de problèmes que son impact réel sur notre milieu. Le loup ne reviendra jamais en grand nombre en Ardenne, la faute au morcellement des forêts. Il ne sera malheureusement qu’une ombre supplémentaire que la folie humaine tentera d’éradiquer sans comprendre le grand jeu de la nature.

Ne criez pas au loup ! Mais hurlez votre liberté…

Bonus :

  • Retrouvez les balades autour de la vallée de l’Ourthe orientale au départ des villages de la commune de Gouvy. Vous en trouverez un aperçu ICI.
  • Ne manquez pas de vous arrêter à la brasserie Lupulus, vous pourrez y déguster leurs merveilleuses bières aux senteurs ardennaises. Vous pourrez également remarquer la présence du loup sur leurs étiquettes. Ici, le loup est humble comme le houblon (Humumuss Lupulus)

Ardenne

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