« I went to the wood » : une petite philosophie de la course dans les bois

3

Sur ce blog, j’aime vous partager mes comptes-rendus de courses, mes tests, mes voyages mais aussi porter un regard davantage réflexif sur la course à pied. Aujourd’hui, je veux vous parler de la magnificence inspiratrice des bois. En tant que traileur, nous sommes amenés à y courir le plus souvent lors de nos entraînements ou de nos compétitions. Nous y passons des heures et des heures. Je dois vous avouer que le plus souvent je ne vais pas dans les bois parce que je cours mais qu’au contraire, je cours pour aller dans les bois. Je vous présente ma petite philosophie du coureur des bois…

Depuis que je suis enfant, j’éprouve une attirance quasi mystique vis-à-vis de la forêt. Avant de faire du sport, je m’y aventurais souvent à pied pour le simple plaisir d’être et de ressentir les bois qui m’entourent. Puis, j’ai eu la chance de parcourir la forêt à dos de cheval. Chevauchant et dominant les sous-bois, le cheval nous confond à la bestialité grâce à son odeur et nous offre ainsi un regard « de l’intérieur ». Il ne s’agit plus de surprendre la beauté mais de l’attendre en silence sur le dos de l’animal. Puis est arrivé la course à pied, elle me permet, au propre comme au figuré de fuir les tourments du quotidien pour la quiétude séculaire des bois. Contrairement au cheval, la vitesse de la course nous permet de surprendre les soubresauts de la vie forestière.

Malgré le pas feutré que la foulée minimaliste m’offre, ce n’est que par surprise que l’on découvre la vie dans les bois. Souvent, il s’agit d’un moment furtif suspendu aux limbes : comme deux bêtes chassées, le coureur et l’animal se regardent pendant l’éternité d’un instant, un temps hors du temps, un moment magique. Je ne sais pas vous mais personnellement mon run n’est réussi que quand j’ai pu savourer la furtive félicité d’une rencontre avec un chevreuil, un hibou, un faucon, un renard,…

Processed with VSCOcam with f1 preset

Passionné par les philosophes transcendantalistes, j’ai étudié la représentation de la nature sauvage dans le cinéma américain du Nouvel Hollywood lors de ma thèse de fin d’étude en Histoire. Ces philosophes dont les plus connus sont Emerson et Henri David Thoreau ont élevé la Nature en principe essentiel de vie. Leurs lectures m’ont véritablement nourri et me permettent aujourd’hui de considérer la course à pied comme une véritable ascèse me permettant d’être au moins une fois par jour dans le calme de la pleine Nature.

« I went to the woods because I wished to live deliberately, to front only the essential facts of life, and see if I could not learn what it had to teach, and not, when I came to die, discover that I had not lived. I did not wish to live what was not life, living is so dear; nor did I wish to practise resignation, unless it was quite necessary. I wanted to live deep and suck out all the marrow of life, to live so sturdily and Spartan-like as to put to rout all that was not life. »

– Walden or Life in the woods, Henri David Thoreau

Cette citation d’Henri David Thoreau résume bien la pensée transcendantaliste : vivre dans les bois ou côtoyer la forêt permet de faire face aux éléments essentiels et réels de la vie tout en se débarrassant du futile. Cette démarche nous permet de prendre conscience du monde mais aussi et surtout de soi-même car la vie forestière est simple et spartiate. On se concentre alors sur l’essence des choses. Courir dans les bois, à défaut d’y vivre, devient l’ascèse « into the wild » me permettant de me recentrer et de me simplifier la vie.

Un pas devant l’autre, courir est simple. On se concentre alors sur l’équilibre de notre corps afin d’exécuter au mieux ce mouvement systématique. La forêt, elle, nous entoure, nous protège et reflète la parfaite balance du monde en nous offrant à chaque foulée un spectacle perpétuel.

Processed with VSCOcam with c3 preset

In the wilderness, I find something more dear and connate than in streets or villages. In the tranquil landscape, and especially in the distant line of the horizon, man beholds somewhat as beautiful as his own nature.

– Nature, Ralph Waldo Emerson

Cette phrase d’Emerson est également révélatrice du sentiment qui m’habite quand je cours. Bien-être, plaisir, plénitude, vous pouvez appeler ça comme vous voulez, c’est ce sentiment multiple qui m’habite à chaque course et à chaque entraînement. Le rythme peut être frénétique mais je n’abandonne jamais la contemplation. Qu’il vente, qu’il neige, qu’il pleuve, qu’importe si nous parcourons pour la énième fois le sentier, ce dernier est toujours différent. Tantôt la lumière, tantôt la végétation, tantôt la faune est sujet à émerveillement.

Finalement, j’en viens à penser que c’est parce qu’à chaque sortie je vais pouvoir contempler un paysage neuf que je me dépasse et en viens à apprécier l’entraînement. Le dépassement de soi trouverait-il son origine dans cette Nature en continuel changement? Qu’importe la réponse, chacun y trouvera la réponse qui lui convient, car l’essentiel est de courir et surtout de prendre plaisir à courir.

N’hésitez surtout pas à me partager votre conception de la course à pied et surtout votre moteur à courir tous les jours !

Commentaires

3 Commentaires

  1. Très joli texte ! je me retrouve beaucoup dans ta conception du trail, je ressentais les mêmes choses au début (par la suite également, mais on a tendance à ne plus voir ça comme un élément nouveau mais comme de l’acquis….).

Laisser un commentaire