La Bouillonnante 2015 : There & Back again…

16

Aller et retour, récit d’un hobbit par… euhh d’un  traileur en terre bouillonnante… Après une première participation en 2014 sous un franc soleil, je retente l’aventure cette année sur le même parcours mais avec une météo diamétralement opposée. Retour sur une course à nul autre pareil…

La Bouillonnante…

La Bouillonnante, la Bouillonnante, la Bouillonnante… Ces trois énonciations prononcées d’un ton rêveur sont nécessaires à tout traileur avant de  vous parler de cette course. Le nom résonne depuis 10 ans maintenant dans le paysage du Trail en Belgique. Et pour les français qui liront ce petit compte-rendu, cette course fait autant rêver les petits belges que nous sommes que l’UTMB dans vos contrées d’outre-Quiévrain.

Alors certes par rapport à la petite balade autour du Mt-Blanc, ce n’est que 56 malheureux kilomètres et 2400 minable mètres de dénivelé positif mais l’ambiance (et les bières) belge(s), le château de Bouillon et le tombeau du Géant, ça, vous n’avez pas 😀 ! En plus, pour couronner les 10 ans de la course, un parcours de 104km et 4400 D+ a été concocté par les topissimes organisateurs. Comme quoi, on peut quand même trouver de bons ratios distance-dénivelé au plat-pays. Et c’est sans oublier, les parcours de 13-24 et 35km qui étaient également proposés.

Donc oui, cette course fait rêver parce qu’on démarre dans la cour d’un des châteaux les plus importants et les plus beaux d’Europe, celui de Godefroy de Bouillon, premier roi de Jérusalem ; parce que, ensuite, elle nous amène sur les sentiers parfois escarpés d’une des plus belles vallées de Belgique, la vallée de la Semois et enfin parce qu’elle nous fait passer parmi les plus beaux et les plus sauvages panoramas de Wallonie.

11100352_1424615351180262_7994384926552728644_n

La préparation

Vous pourrez parler à bon nombres de coureurs. C’est une course où l’on n’est jamais à 100% préparés. Non seulement, les conditions météos influencent grandement les résultats et puis il y a les 13 derniers kilomètres, mortels… J’y reviendrai plus bas !

Pour ma part, je suis suivi par un coach depuis 1 mois maintenant. Ma préparation s’est donc faite spécifiquement sous supervision ces trois dernières semaines. Le bloc a été assez intense afin de travailler ma vitesse tout en structurant mieux mon endurance. Les trois semaines sont bien évidemment trop courtes pour pouvoir mesurer l’effet direct sur ma course. Par contre, mon pic de forme a bien été évalué car j’étais en plein dedans !

Par rapport à l’année dernière, je partais avec beaucoup plus de dénivelés et de kilomètres dans les jambes. Mais, comme l’année dernière (décidément), j’ai eu un gros coup de fatigue la semaine précédente ainsi que de petits soucis gastriques qui ont eu plus que vraisemblablement une conséquence sur ma course.

Ma Bouillonnante 2015

Comme je viens de le dire, j’ai eu la semaine précédente un gros coup de moins bien. De samedi à lundi, une énorme fatigue m’a assailli. Autant celle de l’année dernière était clairement psychosomatique et lié à mon stress de la course et de la distance. Autant cette année, elle était clairement (et malheureusement) bien réelle. À cela se sont même ajoutés des problèmes gastriques… Malgré ces quelques déboires, tout semblait être revenu à la normal la veille de la course.

La deuxième donnée préoccupante cette année était la météo. Contrairement au franc soleil de l’année dernière, pluie, averses et ciel plombé sont au programme. Pourtant à mon arrivée à Bouillon, le temps est menaçant mais sec. C’est déjà ça. Une fois le dossard retiré, je me dirige vers la cour du château. Il y a rien à faire c’est déjà la 3e fois que je me retrouve dans cette cour et c’est toujours aussi MAGIQUE. Après un départ un peu chaotique dû à un petit problème du système de chronométrage (qui expliquera la différence de 6 minutes entre le chrono final et celui repris dans le classement), je me mets bien dans mon rythme. Le cardio est un petit plus élevé qu’espéré mais cela reste correct (160BPM soit 80% FCM).

Les trois premiers kilomètres sont complètement plat. Cela étire bien le peloton de sorte que le BIG embouteillage de l’année passée au pied du premier mur n’a pratiquement pas lieu. J’ai juste le temps pour enlever ma veste. Les quelques gouttes de pluie tombées lors du briefing sont déjà sèches et il commence à faire chaud ! Jusqu’à Frahan, ça roule parfaitement. Les jambes répondent aux relances et le cardio reste relativement bas. C’est de bonne augure. J’ai eu le plaisir de rencontrer et de discuter longuement avec un pote (big up DOOG 😉 ) de sorte que ces 12 bornes sont passées à une vitesse affolante. Je suis déjà sur les Crètes de Frahan et le premier ravito est déjà en vue.

Crète de Frahan

À partir d’ici, je sais qu’une fois remonté à Rochehaut, c’est un faux plat roulant jusqu’à la bifurcation entre le 35 et le 56 au 19e kilomètre. Rien de bien folichon en termes de difficulté malheureusement mon ventre commence à faire des siennes. C’est bizarre. J’ai veillé à bien m’hydrater et à manger après 1h. Aurais-je manger de trop? Pourtant, j’ai déjà suivi ce protocole des dizaines de fois en course et à l’entraînement sans aucun problème. Peu après la bifurcation, ça n’est plus possible de tenir, je fonce dans les fourrés. D’ailleurs sur ce point, je vous conseille un excellent livre sur le sujet : Comment chier dans les bois : Pour une approche environnementale d’un art perdu :D. Après cette petite écartade un peu fruste, je décide d’accélèrer le rythme pour rattraper le temps perdu.

Justement, le parcours est là pour m’aider. En effet, du 20e au 25e kilomètres, il est en faux plat descendant. J’allonge sans trop me fatiguer afin de rattraper la moyenne de 8km/h que je m’étais fixée juste avant d’attaquer les deux côtes qui me mèneront au ravito du 30e, . C’est parfait. Le ravito fait du bien. Je recharge mes flasques en boisson isotonique et je me ravitaille en eau pour éviter de nouveaux problèmes gastriques.

Sapinière

En repartant sur la côte suivante directement après le ravitaillement, je traîne un peu le pieds. Cette partie de la course ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable l’année passée. Il faut avouer que c’est partir d’ici que j’avais littéralement décompté les kilomètres. Le soleil m’a entendu car c’est à ce moment-là qu’il a décidé de se montrer pour ne plus jamais vraiment partir. En plus de cela, je suis physiquement bien mieux que l’année dernière. Le mental est parfait, les jambes également. Bref, tout est au beau-fixe pour profiter au maximum de cette partie.

Les côtes commencent à piquer un peu plus mais les cannes tiennent le coup. Je passe le dénivelé sans trop de difficultés et je profite de la beauté de la forêt. Malheureusement, mon ventre me tiraille et m’oblige à m’arrêter encore une fois. Sur cette partie du parcours, nous rattrapons certains coureurs du 104 qui ont, eux, déjà 80 bornes dans les guiboles. On les encourage ! 13heures qu’ils sont dans les bois, ça force le respect ! Le kilomètre 38 se passe sous un franc soleil mais je sens tout doucement que la foulée devient moins fluides. Sur les flancs de coteaux menant de nouveau à Frahan, le coupe jus s’installe en même temps que les crampes. 40 km au compteur et ça commence à devenir difficile. Va falloir continuer au mental. Sur ce point, je suis content de moi car j’ai bien amélioré ma zone de « confort ». J’arrive désormais à courir 40 bornes et 1600D+ sans trop de « difficultés ». Ça fait plaisir !

Tombeau du Géant

Arrivé à Frahan pour le dernier ravito complet, je veille à bien m’alimenter mais j’oublie de remplir correctement mes flasques. Erreur ! Je vais le payer sur les 13 derniers kilomètres. Comme l’année passée, je vais déguster. Il faut dire que ces derniers kilomètres cumulent encore plus de 700 D+ et des single tracks bien techniques. Ceux-ci sont rendus encore plus compliqué que l’année dernière avec les nombreux arbres tombés cette hiver… Autant dire qu’après avoir couru un marathon et 1700D+, ça explose du cuissot ! Au 50e kilomètre, je suis officiellement cuit de chez cuit. Je meurs de soif et n’ai plus rien dans les flasques. Arrivé au Tombeau du Géant, je me suis dit qu’il avait bien de la chance d’être allongé le géant parce que, si je pouvais, je ferais pareil ! Heureusement, le ravito coca me redonne des bribes d’énergie et les deux passages à gué au Tombeau du Géant font un bien fou à mes débuts de crampes et anesthésies un peu la lourdeur des jambes :D.

Un pied devant l’autre, c’est dur dur ! Je mors sur ma chique et j’aperçois le belvédère dominant Bouillon ! Ça y est, j’y suis ! Il ne reste plus qu’à descendre jusque la Semois et remonter au château. Je ne peux m’empêcher de laisser les larmes couler dans cette dernière descente. Putain ! Sortir ses tripes dans un paysage à couper le souffle, il n’y a rien à faire, ça vous rend émotif :D. J’ai des frissons à la vue du château dominant la ville. Après 8h dans les bois, voir cette forteresse séculaire dominant le paysage de sa magnificence, il n’y a rien de plus beau. Finalement, ces quelques instants fugaces du retour à la civilisation sont probablement les plus magiques dans ce genre de course.

Bouillonnante 2015 Bouillonnante 2015

Comme en 2013 ou en 2014, cette édition a été parfaite en tout point au niveau de l’organisation. La passion de la famille Van Gasse, le dévouement des bénévoles, le parcours, le balisage, les ravitos, l’après course houblonné et l’ambiance à nulle autre pareille permettent de faire de cette course, LA course de l’année ! C’est toujours un plaisir de s’y rendre ! Puisse cet esprit et cette course perdurer en gardant son âme ! Merci à vous !

Je termine 157e/320 en 8h12 -6min (dû au problème de chronométrage).

16 Commentaires

  1. Encore une fois félicitation ! En tant que novice, je lis ce récit, les yeux pleins d’étoiles,et j’espère un jour pouvoir raconter la même histoire, sur le même parcours 🙂

    Bravo pour la performance

    • Merci beaucoup Thibaud ! Avec progression et passion, le rêve peut devenir réalité. Tu peux déjà programmer le 24 kilomètres l’année prochaine ;). C’est le condensé des passages les plus beaux et les plus durs !

  2. Complètement d’accord avec ton dernier paragraphe… Une organisation tip top ! Sans trop de confort ni de tralala… juste ce qu’il faut.
    La boucle suppl. du 104km était très bien également… dans le même esprit que le 56km.
    (J’ai passé une nuit et une journée magnifique !)

    • Il parait ça que cette boucle était vraiment pas dégueulasse ! En tout cas, félicitations à toi et à tous ceux du 104 ! C’est encore un autre niveau 😉

      • boucle très équilibré avec des portions roulantes, techniques… et des environnements différents (sapins, feuillus, roches, éclaircies…). pas moyen de s’ennuyer !

  3. Très bel article bien résumé qui fait revenir tous les souvenirs de ce WE. Ta conclusion avec l’arrivée au château est incroyable de vérité(s). J’ai eu exactement les mêmes sensations! Ca fait « rêver » 😉 🙂

    • C’est magique ! Quand on pense, je trouve qu’on a pas à rougir de nos paysages. Ils peuvent être grandioses et magnifiques !

  4. Très bel article, et félicitations ! Même avec les difficultés du parcours ou du corps c’est un très beau parcours. Nous, nous organisons des voyages solidaires à l’international. Notre démarche est simple : courir tous ensemble pour soutenir une association. Avez vous déjà participé à des marathons solidaires ou des trails de ce style ?

  5. Très très beau récit. Une chose est sûr, j’hésitais encore mais maintenant et ce grâce à ta prose je suis chaud bouillant pour ce 56 l’année prochaine 🙂 Sinon, petite question: Quelle chaussures as-tu utilisée pour ce trail (et pour les autres en générale)?

    • Bonjour Lionel, c’est vraiment une course géniale ! A faire !

      Pour toutes les courses depuis 2 ans et demi, je cours en Salomon Slab Sense ! Je t’invite à lire mon compte rendu de ces chaussures sur le blog pour t’en faire une idée plus complète 😉 a très vite sur les sentiers !

Laisser un commentaire