Avec la Hoka Mafate X, la marque tente un pari osé ; celui d’amener la technicité dans une chaussure taillée pour le confort. On pourra critiquer le choix mais quoiqu’il en soit, il interroge. Au pied, cette chaussure est tout aussi étrange que sa composition. Bien qu’ultra confortable, elle reste relativement dynamique. Malgré un poids significatif, elle arrive cependant à se faire oublier. Vous venez ? On teste ensemble celle que j’ai appelée la Tesla des chaussures de Trail.
Hoka Mafate X : la stratégie du confort
Il y a des chaussures qui recherchent la vitesse, d’autres la légèreté, d’autres encore le confort. La Hoka Mafate X tente de concilier les trois. Autant le dire tout de suite, bien que les intentions soient louables, le résultat n’est pas forcément au rendez-vous. Retenons quand même que, dans l’historique de la marque, la Mafate a toujours été la chaussure pour le long, le très long, avec un confort insolent. Alors, pourquoi comparer cette chaussure à Tesla ? En fait, l’analogie est surtout esthétique : sous des apparences de chaussures ultra confortables pour coureurs lourds et lents, elles arrivent à sortir les watts au besoin. Comme Tesla qui, sous des apparences de voiture de daron, peut clairement avionner.
Cependant, cela n’est pas et ne sera jamais une chaussure de performance. Comme pour la marque de voiture électrique, c’est le confort qui prime et domine les sensations. De la même manière, la Hoka Mafate X sera clairement clivante. Certains l’adoreront, d’autres la détesteront. Car il faut bien avouer, sur le terrain, elles s’avèrent extrêmement particulières dans leur comportement. Ainsi, on peut directement y voir des contradictions entre la plaque carbone et la hauteur de semelle, le chaussant très bas et l’absence de flex de la semelle… Bref, je vous invite à me suivre pour un test un peu plus poussé.
Fiche technique de la Hoka Mafate X

Prise en main de la Hoka Mafate X
Honnêtement, ne tournons pas autour du pot, Hoka propose aujourd’hui parmi les chaussures les mieux finies du marché. C’est vraiment impressionnant. La Hoka Mafate X ne fait pas exception. J’aime beaucoup la couleur ainsi que l’insert plastique portant le Mafate X comme “graphé”, cela donne un côté agressif à la chaussure malgré son aspect extrêmement imposant. Clairement, malgré le style, la Mafate X est un véritable sabot : imposant, large, et plutôt dans la moyenne haute concernant le poids.
Côté semelle, elle offre un côté hybride que j’avais pu retrouver dans la Salomon GRVL. En effet, la semelle extérieure possède des crampons disposés sur l’avant-pied et le talon mais une économie au centre. Cela révèle ainsi un caractère hybride à la chaussure entre chemin et route. Clairement et on en reparlera, la Hoka Mafate X n’est absolument pas taillée pour les chemins techniques et cela se ressent dès la prise en main.
Enfin, ce qui m’a marqué est le profil assez bas du chaussant. En effet, la cheville semble assez dégagée. Cela est assez étonnant compte tenu de l’aspect assez volumineux de la chaussure. Cela renforce encore davantage ce côté hybride. Comme si, ils avaient collé un chaussant de chaussure de vitesse sur des échasses. Cela renforce encore ce coté paradoxal qu’elle partage avec la Tesla Model Y, un aspect dodu, imposant qui ne respire pas la vitesse mais une série d’indicateurs tentant de prouver le contraire.
C’est la première fois qu’une chaussure me laisse circonspect sur son identité, elle paraît lourde, taillée pour le lent mais possède des éléments de chaussures de vitesse. Allons tester cela !




Sur le terrain avec les Hoka Mafate X
Chaussant (fit)
Clairement, le chaussant des Hoka Mafate X est assez déstabilisant. Il présente un profil relativement bas, ce qui contraste assez fortement avec le volume de la semelle. Cependant et malgré la hauteur de la semelle, le pied est relativement bien encadré par cette dernière. Au niveau de l’avant pied, la place pour les orteils est assez large, logique pour une chaussure taillée pour la longue distance. Ce qui surprend davantage, en revanche, est la précision du maintien niveau du médio-pied et du talon. Bien qu’étant éloigné d’une chaussure de vitesse, je trouve le chaussant étonnamment précis.
À nouveau, le paradoxe apparaît surtout dans sa perception globale. Malgré un bon maintien du chaussant, l’impression d’être sur des échasses est présente. La hauteur de semelle (40 mm quand même) crée une frontière avec le sol. Aucun retour du sol n’est perceptible. En statique, il n’y a pas d’instabilité franche mais la prise de conscience d’un stack imposant s’impose.
Semelle : amorti et accroche
L’amorti des Hoka Mafate X est présent avant même de commencer à courir. On ne ressent rien du sol. C’est assez bluffant. C’est mou, c’est ultra confortable, presque ouaté. Par contre, dès que l’on commence à courir, c’est une toute autre sensation qui apparaît. Est-ce la plaque de carbone ? Je le suppose. Le confort est toujours présent mais se pare d’un dynamisme relatif. Ce dernier ne s’impose pas. Il reste discret. N’oublions pas que le stack est de 40mm. Disons que cette plaque structure la foulée en limitant l’écrasement et en tentant d’éviter les torsions latérales. On sent l’intention de vouloir insuffler du dynamisme dans une pantoufle.
Est-ce réussi ? Je dirais que cela dépend de vous. Étant un coureur médio-pied, voir avant-pied, léger, cela ne me convient pas. Personnellement, l’amorti est trop mou et empêche une pose précise en médio-pied. Résultat, j’ai manque de me fouler la cheville plus d’une fois. Je sentais des tensions régulières à l’extérieure des chevilles. Cependant, ce qui est bluffant est que la Hoka Mafate X conserve un certain dynamisme malgré son amorti démesuré, pour le coup comme Tesla.
Concernant l’accroche, je ne serai pas long. La semelle Vibram a fait suffisante lors de sorties sèches ou légèrement humides. Par contre, ne l’embarquez pas en terrain technique ou par mauvais temps. La semelle n’est pas suffisante et la configuration de la chaussure la rend inapte aux terrains ultra techniques. Pour le dire autrement, ne faites jamais un skyrunning avec ces chaussures. Heureusement, la Mafate X n’a pas été conçue pour cela et sera parfaite sur des courses longues peu techniques (comme l’UTMB) ou des trails urbains.
Comportement aux pieds
Comme je l’ai déjà mentionné, je suis un coureur léger, avec une foulée médio-pied. Ce détail n’est pas à prendre à la légère. En effet, il conditionne fortement ma perception des chaussures. Cela a même tendance à m’exclure de certains modèles. C’est le cas ici. Avec cette Mafate X, j’ai trouvé la semelle très rigide. Cette rigidité est sans doute à rechercher dans la plaque carbone et le stack important. Cela modifie fortement les foulées naturelles comme la mienne. Elle ne se déforme pas suffisamment et crée des tensions. Combiné à un chaussant profilé très bas, cela crée un effet de levier perceptible.
Du coup, l’ensemble manque de souplesse pour accompagner la foulée médio-pied et cela a provoqué chez moi de nombreux inconforts ; notamment sur les faces extérieures de mes chevilles. Rien de violent ou brutal mais cela a amené une fatigue anormale de mes articulations. Ces chaussures restent taillées pour des coureurs plus lourds que moi, avec une attaque plutôt talon et surtout de la longue distance avec un rythme en adéquation. Cependant, l’apport de la plaque carbone permet de la rendre moins pataude que ce qu’elle aurait été sans elle.
Durabilité
Après environ 300km de course, je n’ai constaté quasi aucun signe d’usure. Pour le coup, ce n’est pas la première fois que je suis étonné par la durabilité exceptionnelle des Hoka. Pour ma part, j’ai toujours tendance à user l’extérieur des semelles de par ma foulée. Force est de constater que modèle après modèle, Vibram et Hoka s’améliorent encore et encore. Au niveau du mesh, c’est pareil. Je n’ai pas observé d’usure particulière.




Conclusion
La Hoka Mafate X est une chaussure clivante. Son confort est incontesté, elle est taillée pour les longues distances sur des chemins peu techniques. C’est une véritable pantoufle. Cependant, malgré une plaque carbone ajoutant un peu de dynamisme, elle n’aidera que peu le coureur rapide. Elle ne rencontrera pas les attentes des coureurs médio-pied car la semelle reste rigide et peu flexible.
L’accroche est suffisante pour des terrains peu techniques et relativement secs mais risque de manquer de performance sur terrain humide ou glissant ; surtout au vu de la hauteur de la semelle. Par contre, la qualité de fabrication est à l’image de Hoka : parfaite. C’est impressionnant. On appréciera également le design de la chaussure que je trouve très réussie.





