S’il y a bien un lieu sous-estimé en Ardenne, c’est le Plateau des Tailles. En effet, il propose une des plus importantes zones de fagnes après les Hautes Fagnes, la fréquentation en moins. Il permet d’aborder des écosystèmes variés et uniques, des forêts, des tourbières, des pessières. Aujourd’hui, je vous propose de vous perdre dans ces milieux avec le tour des Fagnes d’Odeigne. Vous me suivez ?
Fagnes, rencontrer le sauvage
J’ai toujours été fasciné par les zones de landes, de tourbières, les fagnes comme on dit ici, en Wallonie. Ces paysages humides coiffaient majoritairement les plus hauts plateaux de l’Ardenne (Croix-Scaille, Saint-Hubert, Plateau des Tailles et Hautes Fagnes). Malheureusement, sous l’effet conjugué de l’exploitation de la tourbe, du drainage, et de l’enrésinement de l’Ardenne, ces milieux avaient presque disparu au cours des 19e et 20e siècles. Face à ce constat, l’Europe et la Wallonie investissent depuis plus de 20 ans dans la restauration de ces tourbières, landes sèches et humides.
Ces restaurations ont ainsi permis de retrouver des écosystèmes datant d’il y a plus de 5000 ans. Certains, comme les Hautes Fagnes, remontent même à 7500 ans. Les tourbières ont ainsi traversé le temps. Elles ont tenu à distance les forêts, chaque lisière devenant une trace de résistance de ces milieux. Plus tard, dès le néolithique, l’essartage et le pastoralisme les ont agrandis. Cela a ainsi façonné au fil du Moyen âge un équilibre singulier entre l’humanité et le sauvage. Aujourd’hui restaurées et maintenues en l’état grâce aux moutons, chevaux, vaches Highland, ces tourbières dévoilent leur abrupte beauté tantôt scandinave, tantôt écossaise… ou plutôt ardennaise.
Aujourd’hui, les plateaux ardennais arborent leur vrai visage. Ils sont devenus l’épitomé du sauvage en Ardenne.
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Randonnée : Tour des fagnes d’Odeigne
Ode aux tourbières
Il existe aux confins de l’Ardenne une succession de hauts plateaux où le climat et la vie sont plus rudes qu’ailleurs, là où le « rien » devient trésor. Recouverts de larges tourbières, ces fagnes sont le théâtre de nombreuses légendes. Des maraudeurs égarés aux massotais facétieux, en passant par une mine d’or, le paysage fait écho à ces histoires oubliées. Balayés par les vents durant l’hiver, écrasés par le soleil l’été, pris dans les nuages au printemps, ces plateaux ont décidé d’ériger la vie en rigueur.
Dans ces tourments saisonniers, l’automne apparaît alors comme l’ultime cérémonie. Les bouleaux, ces candélabres forestiers, s’embrasent. La tourbière devient le palimpseste de cette sauvagerie enluminée.
Parmi elles, la Fagne d’Odeigne est sans doute l’une des plus méconnues. Elle offre pourtant le souffle d’une pleine nature, celle où l’odeur des feuilles mortes embaume l’atmosphère, où l’horizon semble infini et où le silence se délecte du moindre pas… Le randonneur, lui, n’est plus qu’une silhouette perdue dans l’immensité. C’est précisément ce “Tour des Fagnes d’Odeigne” que j’avais envie de présenter aujourd’hui dans une version légèrement allongée afin de découvrir la totalité des zones de tourbières du village.






Le tour des fagnes d’Odeigne
La randonnée que je vous propose ici est une version longue de la balade de 9km balisée par la Maison de Tourisme. Elle démarre au terrain de foot de Odeigne, un des quelques petits villages situés sur le Plateau des Tailles. De là, le parcours rejoint rapidement les Fagnes de Robièfa et Nazieufa. On les contourne par de petites sentes offrant de magnifiques perspectives sur ces terres à la beauté austère. Ensuite, on les abandonne pour traverser les bois vers le clou du spectacle de cette randonnée : la Fagne du Pouhon, source de l’Aisne, et son magnifique caillebotis.
Le silence des feuilles qui tombent, l’odeur de noisette émanant des chênes et celle de résine s’échappant du bois fraîchement coupé, l’automne est un palimpseste de sensations mêlant le passé d’un été fastueux et le futur d’un hiver rigoureux. Lieu de rencontre et d’opposés, l’automne ne cessera de me fasciner.
Et là, au cœur des Fagnes d’Odeigne, le ciel et la terre s’unissent. Il faut prendre le temps de traverser ce caillebotis. On peut ainsi observer les infimes richesses de ces milieux : les linaigrettes, les champignons, les bruyères, les myrtilliers, camarine, les buses, milans et autres cervidés. Au milieu de tout cela, le bouleau, l’arbre-vie et essence pionnière, la torche de l’automne. Ce caillebotis est un trait d’union, un pont vers le sauvage. Avant de rentrer à Odeigne, vous pourrez prolonger votre plaisir à travers l’immense Fagne de la Goutte, et ses nombreuses mares en demi-lune, où paissent en saison de magnifique Highland, un peu d’Écosse au cœur de l’Ardenne.







Parcours – Tour des Fagnes d’Odeigne

Plan IGN

Photos aériennes / IGN

Carte des pentes (plan IGN)

Carte 1950 / IGN

Carte de l'état-major (1820-1866)

Open Street Map





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