Une randonnée dans les Hautes Fagnes, cela faisait des années que je n’en avais pas vécu une. En ce mois de janvier 2025, je décide de rejoindre le point culminant de la Belgique pour découvrir des lieux connus et moins connus : le Noir Flohay et le Schwarzsee. J’ai vécu une aventure à la journée ; une microaventure où découverte, éblouissement et plaisir ont jalonné chacun de mes pas. Tu viens ? Je te fais revivre ce moment.
Les Hautes Fagnes, terre de silence et de légendes
Début 2025, j’ai vécu un moment hors du temps, suspendu aux limbes. Alors que bon nombre cherche le bonheur dans l’exotisme de l’ailleurs. J’ai eu le plaisir d’être surpris par mon pays. Pas d’avion, pas d’autres horizons, juste un paysage tranquille perdu aux confins de la Wallonie. Sur ce plateau, le plus haut de Belgique, se trouve l’un des écosystèmes les plus surprenants de Wallonie : une terre de landes désolées balayée par les vents et accueillant l’un des climats les plus rudes du pays.
Alors que je pénétrais le Noir Flohay en même temps que le crépuscule, le soleil, dans un baroud d’honneur, a fait de ces squelettes, les candélabres de la fin du jour. Cette forêt mortifère emportait avec elle les derniers rayons de soleil. J’étais là, témoin de ce combat quotidien entre le jour et la nuit, la mort et la vie…
De nombreuses légendes ont d’ailleurs émergé de ces terres noires et ferrugineuses, des histoires d’amoureux transis perdus dans la Fagne, des histoires de revenants, ou encore d’esprits maléfiques. Souvent enveloppées de brume, les Hautes Fagnes convoquent inévitablement la mort et l’obscurité. C’est notamment le cas avec le Noir Flohay, relique calcinée d’un bosquet de pins sylvestres emportés dans un incendie en 2011. En ce début d’année, j’errais au coeur de l’hiver dans ce paysage singulier. J’y ai vécu l’un des plus beaux spectacles que l’Ardenne a pu m’offrir.
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Randonnée dans les Hautes Fagnes
À travers la fagne wallonne
Sur le plus haut plateau de Belgique, à près de 700m d’altitude, le climat s’impose dans sa rudesse et son impétuosité. Cela peut faire rire l’étranger de passage mais les Plateaux ardennais connaissent des conditions bien plus difficiles qu’ailleurs. De la brume, du froid et de l’obscurité naquirent de nombreuses légendes invoquant le diables et autres bêtes fantastiques. Finalement, c’est le propre des mondes en lisière : accueillir l’inconnu, la peur et une vive imagination. Pourtant, c’est oublier de vraies disparitions, comme ces amants pris par la neige que la “Croix des fiancés” (à proximité de la Baraque Michel) matérialise aujourd’hui.
En ce jour de janvier 2025, c’est une météo totalement opposée qui m’accompagnera durant la journée. Il y avait un plein soleil qui ouvrait l’horizon. Je savais qu’il y aurait beaucoup de monde dans le secteur de la Fagne wallonne. Mon objectif était donc de tracer tout droit en direction du Schwarzsee (lac noir) pour m’enfoncer dans les vastes étendues sauvages du plateau. Cela faisait des années que je n’avais plus mis les pieds dans les Hautes Fagnes. Ma dernière aventure était un bivouac hivernal que j’avais vécu fin 2017. Dès lors, j’ai presque les yeux d’un explorateur, pour qui ce paysage est neuf et ampli de promesses. C’est toujours le signe avant coureur d’une belle aventure
Depuis le retour du loup dans les Hautes Fagnes, il y a cette ambiance particulière. Celle d’un vent de sauvagerie qui densifie l’instant et nourri l’espoir de croiser le nouveau souverain des lieux. À défaut, il est au bout de ma laisse…





Le Lac noir ou Schwartzsee
Le lac noir (ou Schwartzsee), rien que le nom est évocateur, est situé derrière la Fagne wallonne dans une petite cuvette où le silence et la solitude règnent. Il confère à la Fagne des airs de Scandinavie ou de Sibérie, au choix. Baigné par le soleil de midi, je perçois de temps à autre les infimes craquements de la glace. Sorte de murmures venus de l’au-delà, j’en viens à imaginer que le lac a capturé, dans ses eaux noires, l’âme des errants disparus dans la brume et le froid des fagnes. Je me pose quelques instants avec Flóki pour profiter de cette ambiance d’un autre monde.
Je suis convaincu que les Hautes Fagnes résonnent avec les fantômes, les disparus des confins. Ce paysage porte en lui la promesse du sauvage. Il fait écho aux antiques Terra Incognita. Dans un pays urbanisé à outrance, il est une oasis d’infini dont nous avons cruellement besoin.
Je bois un coup, je mange un bout et je repars. La journée sera courte et il est temps de redémarrer. Je longe le lac et profite du calme. Il y a dans ce lieu une forme de sérénité et de langueur. On y resterait des heures. Cependant, le calme apparent du lac est trompeur : au-delà des légendes, le milieu tourbeux environnant est réellement piégeux et dangereux. Il convient de rester sur les chemins afin d’éviter la tentation du démon de nous attirer dans les eaux sombres et la sphaigne mouvante. Quittons ces rivages mortifères…





Jusqu’à la vallée de la Helle
J’aime quand le paysage met le mental à rude épreuve. C’est exactement ce qu’il va m’imposer. Pour atteindre la Helle en contre-bas du Noir Flohay, il faut emprunter de larges et longs chemins forestiers. Avec la neige et surtout le verglas, je n’avance pas ! Ces longues lignes droites deviennent un calvaire malgré des lumières hivernales ahurissantes. La Helle et sa vallée se laisse désirer. Pourtant, elle n’a rien de grandiose. Elle serpente, obscure, dans une vallée cachée. Sombre. A l’ombre, veine noire drainant toute l’obscurité des lieux, elle commande le silence.
Evanescentes, transparentes, fantomatiques, les rais de lumières traversent la canopée comme une funeste armée. Glacée, pâle, elle m’accompagne dans ma lente descente jusqu’à la vallée de la Helle. Cette rivière sombre serpentant au pied des Fagnes, invisible, cachée. Elle attire… Elle hypnotise et emporte avec elle le souffle des randonneurs.
Sa noirceur est encore plus dense avec les reliques du dernier épisode neigeux. Je la longe en même temps que le jour décline. J’ai pris plus de temps que prévu pour l’atteindre et voilà que l’obscurité me couvre. Alors, le parcours m’extrait de la vallée pour capturer les derniers rayons du soleil sur le plateau des Hautes Fagnes. Un bouleau pris par les glaces, comme un squelette jaillissant des enfers, puis un hêtre baigné de lumière, je passe de l’ombre à la lumière en un instant. Bientôt, je rencontrerai les dernières âme de cette randonnée : les arbres décharnés du Noir Flohay.





Le Noir Flohay, l’armée des morts
Une fois sorti de cette ultime canopée, l’horizon s’élargit totalement sur la Fagne wallonne. Le soleil décline doucement, enveloppant la lande d’une lumière dorée. Après quelques encablures, les frêles squelettes des arbres calcinés du Noir Flohay apparaissent dans le lointain. Au même moment, le soleil plonge vers l’horizon et le ciel s’embrase. Cela ne dure que quelques instants. Rapidement, l’astre solaire s’efface. Le ciel s’empourpre et cette armée d’Ents s’enveloppe de majesté. L’espace d’un instant, j’étais en Scandinavie, j’étais au cœur de la plus belle des aventures et pourtant, c’est là, chez moi.
Ce moment précis fut l’un des plus beaux que j’ai pu vivre en Belgique ces dernières années. Comme quoi, parfois, les plus belles expériences sont à portée de main. Cet instant était riche de sa banalité. La banalité d’un pays que l’on vit jour après jour et où la morosité de nos vies effacent sa réelle beauté. Le diable se cache dans les détails disait Nietzsche. Le bonheur se cache dans le ravissement du quotidien…Il suffit de réussir à s’émouvoir du quotidien, de saisir chaque lumière, chaque paysage, chaque instant et d’en faire un émerveillement.
Sculptures sylvestres captant le feu du crépuscule, le silence faisait écho à leur gloire passée, à leur ramure aujourd’hui disparue.






Parcours – Randonnée dans les Hautes Fagnes
Afin de préserver le milieu, les parcours que j’ai tracé sont désormais payants. Cela me permet de financer ce blog et assurer un contrôle sur les personnes utilisant mes parcours. En effet, ceux-ci suivent souvent des chemins peu empruntés et/ou des bivouacs préservés.
Merci de votre compréhension !





