Trail La Bouquetin 2016 : « C’était le Vietnam ! »

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« C’était le Vietnam ! », m’écriais-je après l’arrivée. Le Trail La Bouquetin 2016 laisse des traces et vous offrent en quelques heures une aventure extraordinaire avec laquelle vous pourrez alimenter nombres de soirées au coin du feu. Les ingrédients faisant de cette course un périple trépidant sont multiples : course en ligne et en équipe, dureté du parcours, dénivelé, paysages… Petit retour sur l’édition 2016.

Départ dans un château

Quand on n’y a jamais participé, le nom du Trail prête à sourire : La Bouquetin… Pourtant, le départ dans la cour du château-fort de Logne doit nous mettre sur nos gardes surtout lorsqu’on apprend que Robert « Le Diable » , Jeannot « Le Bâtard » ou encore plusieurs individus surnommés « Les Sangliers des Ardennes » y ont demeuré. Tout de suite, on ne voit plus que les cornes au bouquetin… Le futur donnera raison à ce constat !

C’est une erreur !

Le matin même, au réveil, cette exclamation me traverse l’esprit. Je n’aurais jamais du accepter. Ce Trail, je ne l’avais pas prévu mais deux forfaits la semaine précédente laissaient l’équipe béante. De bon coeur, j’accepte donc de participer à cette petite promenade dominicale… Promenade… 18,8km et 1000D+ annoncés par l’organisateur ne font pas vraiment de cette course une ballade de santé…

Trail La Bouquetin 2016

Pourquoi ais-je accepté ? Où avais-je la tête?  Il est malheureusement trop tard ! Le départ est dans quelques heures. J’ai toujours le Trail des 3 vallées de la veille dans les pattes. Les sensations n’étaient déjà pas terribles hier, je n’ose imaginer ce que cela va être. Alea Jacta Est, avait-dit ce cher César… en traversant le Rubicon. Je cite le célèbre romain en avalant mon déjeuner. Je ne pensais pas si bien dire en sélectionnant cette maxime de grand matin…

Trail La Bouquetin 2016 : Go ! Go ! Go !

L’équipe « MyRun » est au taquet ! Loin de la classe royale d’un Godefroy de Montmirail mais affublés de nos collants et de nos accessoires, nous ressemblons davantage à une horde de Jacouille La Fripouille. Sautillant avec des chaussures bariolées, comme une myriade de petits lutins, chacune des équipes, cordées, blasons, clans (biffez la mention inutile) attend son tour avant d’être lâché dans la nature sauvage et « déniveleuse » de la région d’Hamoir.

Ce trail se court cette année en équipe de cinq. D’après ce que l’on dit, trois n’étaient pas suffisant pour assurer l’intégrité physique des équipes. Ça remet l’église au milieu du village. De toute façon, il n’y a pas de réglement. On court à nos risques et périls (n’en déplaise à nos amis français, maniaques du certif’). Nous avons « simplement » signé un registre de décès, histoire de bénéficier d’une sépulture à notre nom.

Trail La Bouquetin 2016

15″ après l’équipe précédente, c’est à notre tour. 5…4…3…2…1… Go ! Go ! Go ! (Ça rappelle les parties en ligne de Counter Strike, vous ne trouvez pas ?). On dit rapidement au revoir à la demeure des « Sangliers des Ardennes » et on s’engouffre dans la première pente. C’est casse gueule. Pas de côté à droite, pas de côté à gauche, je glisse, j’essaie de me rattraper. BAM ! Première chute, j’ai de la boue partout. Je regarde ma montre. Cela fait 2min30 que nous sommes partis. Bref, ça annonce la couleur !

Deux cents mètres plus loin, on s’attaque à notre première côte. Prudemment, la majorité des coureurs l’attaque en marchant. Septante mètres (traduction française : soixante-dix) plus haut, les doyens du groupe relancent et tentent de mettre la pâté aux jeunots. On relance aussi mais (à mon avis) plus difficilement que la sagesse qui nous guide. La descente est plus roulante que la précédente. À son pied, nous sommes fiers comme des paons. Si c’est comme ça, les 16km restant, c’est peanuts !

Trail La Bouquetin 2016

Un « Up & Down » machiavélique

Sauf que cela ne sera pas peanuts mais plutôt beurre de cacahuètes et pain rassis ! La seconde ascension ne possède même pas de chemin. Ces pentes ne méritent pas de dénominatif car elles n’ont rien d’amicales. Pourtant, le terme « Mur » leur sied plutôt bien. Ce deuxième mur, donc, est plus que vraisemblablement un ancien torrent asséché rocailleux et entravé d’arbres couchés. Dans cette ravine, déjà, nous devons oublier nos milliers d’années d’évolution pour nous retrouver à évoluer à quatre pattes. Le sommet nous dévoile émaciés à cause de l’acide lactique mais aussi et surtout à cause de notre folie masochiste.

Le plaisir machiavélique de l’organisateur est d’ôter toute forme de récupérations sur le plat. À peine a-t-on atteint le sommet que l’on redescend par un sentier tout aussi abrupte qu’inexistant. Il n’y a jamais que 3km parcourus depuis le départ. Pour nous rafraîchir la mémoire et modérer nos ardeurs, nous devons traverser un gué où l’eau atteint les genoux (quand on a la chance d’éviter les trous cachés qui vous en mettent jusque la taille). Pour une fois, je profite de ma grande taille :D.

Dégoulinants, humides, nous attaquons sans plus attendre un nouveau dénivelé. Boue, et cuisses brulantes sont au programme provoquant une amnésie passagère. Je suis, cher lecteur, dans l’impossibilité de te raconter ce passage. Mes vagues souvenirs font état, sans trop de surprise, d’une côte et d’une descente relativement « roulante ». Par ce terme et par les souvenirs qu’il me reste, je veux bien évidemment dire qu’il était possible – parfois – de trottiner.

La suite est plus claire car le parcours était en descente. J’ai repris mes esprits mais pas le souffle. Il était court malgré la descente progressive dans cette petite vallée cachée aux yeux de tous. Après un coup de cul, retour à la civilisation, nous profitons de la traversée de Sy car « si » jamais c’est encore plus dur après, il vaut mieux prendre son temps.

Jurassic Park

Après Sy, et en Bob Morane forcé, nous nous retrouvons en pleine jungle birmane : une ravine couverte de végétations, des rochers humides, de la boue et des troncs d’arbres. « On se croirait dans Jurassic Park », lancera l’un de mes camarades de (més-)aventures surnommé pour l’occasion le Lion de l’Atlas à cause de son impétueuse envie d’en découvre avec le dénivelé ! Heureusement, il n’y avait pas de vélociraptors à l’horizon parce que nous aurions eu du mal à répondre à la tirade : « Courez ! Courez ! ».

Cela nous était impossible, tout d’abord parce que nous y avons connu la seule file de la course mais aussi et surtout parce que le terrain était complètement défoncé. D’ailleurs, certains organismes commencent à souffrir. Entre des jambes éraflées pour les uns, la fatigue pour d’autres, le parcours laisse des traces. Elles sont d’ailleurs parfois profondes. C’est ainsi que,à l’entame d’une descente abrupte au milieu d’une sapinière, une équipe est arrêtée face à la grave entorse d’un des membres.

Trail La Bouquetin 2016

Ce parcours est vraiment exigeant. Plus encore que le dénivelé, la technicité ainsi que le terrain gras ne nous facilitent pas la tâche. Nous sommes à 10km de course pour 1h48. Personnellement, ça commence à être véritablement difficile. Chaque mur devient un chemin de croix et les seuls 800 mètres de plat (vraiment plat) le long d’une route ne me permettent même pas d’esquisser une récupération.

Renaissance

J’ai l’impression d’avoir un limitateur de vitesse. Les jambes vont biens mais il m’est impossible de maintenir un rythme élevé lorsque le terrain nous permet de courir. Je veille à bien m’hydrater et à m’alimenter correctement. Mais rien n’y fait… Ce n’est pas ce mur de 130 mètres de dénivelé au milieu d’un torrent de boue, glissant et technique qui m’aidera à me remettre d’aplomb.

Arrivé au dessus, de vastes étendues agricoles, nous permettent de remettre du rythme dans les guiboles. La montre indique 15 kilomètres. On touche à la fin. Le long sentier technique à flanc de coteaux abruptes nous semble alors moins contraignant à parcourir. Mes jambes reprennent du service, le cardio aussi, la fin de la course appelle une renaissance.

Derrière moi, j’entends une glissade et puis, pendant de longues secondes, le bruit sourd d’une pierre dégringolant les 50 mètres de dénivelés presque verticaux. Nous avons failli perdre un homme ! Heureusement, il s’est rattrapé à la dernière minute. Quand je vous disais que c’était le Vietnam, je ne vous mentais pas ! 😀

Dernier chapitre

Je reconnais la route qui nous mène à Hamoir. On touche à la fin. Il suffit de descendre et on y … Que font tous ces coureurs qui remontent dans les bois ? Le compteur indique que c’est terminé !!! Et bien non, dernière pirouette de l’organisateur, il faut regrimper : 100m en plus de D+ et 2,5 km qui clouent sur place de nombreux coureurs.

Trail La Bouquetin 2016

Le Lion est mort ce soir ! Nous l’avons perdu… Abattu par tant de dénivelé, il est désormais incapable de rugir. Malgré le faible dénivelé de cette fin de course, le félin traine la patte. Paradoxalement de mon côté, cette énergie que j’ai tant cherché durant la course veut se jouer de moi en revenant totalement à quelques kilomètres de l’arrivée. Je serais prêt à courir encore quelques bornes.

Aujourd’hui, je me satisferai d’une victoire ! Celle de notre équipe. Malgré nos formes et nos expériences variées, nous sommes tous arrivés sains et saufs à Hamoir. La première équipe mettra 2h15, nous mettrons 1h15 de plus mais nous avons gagné tout autant qu’eux notre défi : parcourir les 21km et 1050 D+ de cette aventure !

Une équipe du tonnerre, des sentiers magiques malgré leur dureté et surtout un petit Orval après la course en guise de dernière « descente ». Bref, on se l’est joué en mode Barkley ce Trail La Bouquetin.

Trail La Bouquetin 2016

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