Trail de la Sainte Agathe (Laforêt)

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Perdu au fin fond de l’Ardenne namuroise se cache un village au nom énonciateur : Laforêt. C’est justement au milieu des bois que nous plonge le très ardennais Trail de la Sainte Agathe. Petit retour sur le dernier trail avant la grand-messe du Trail belge.

Village d’autrefois

Laforêt est un village discret sur les bords de la Semois. Loin du tumulte de Bouillon, il y règne un parfum d’autrefois ; celui où les arômes de tabac séché se mélangeaient aux senteurs sylvestres, où le pas des chevaux scandait le rythme du village et où les vieilles légendes nourrissaient les rumeurs forestières. Aujourd’hui, seules les réminiscences de cette époque révolue parviennent jusqu’à nous :  maisons typiques, antiques séchoirs à tabacs, pont de claies sur la Semois, abreuvoirs monumentaux…

Même les vallons encaissés que nous devons traverser se transforment en voyage à travers les couloirs du temps et des mythes. Il y règne cette atmosphère propre à la divagation de l’esprit ; celle où, malgré la raison, la beauté fantastique de la Nature nous pousse à construire une légende. L’expérience dépasse le simple support des mots. La plume devient le pinceau pour composer un tableau épique.

Photo de Mark Rossignol
Photo de Mark Rossignol

Trail de la Sainte Agathe

Arrivé au village, les voitures s’égrènent le long des quelques rues du village. La zone d’accueil est restreinte et le nombre de coureurs est faible. Nous sommes à tout cassé une centaine quand nous arrivons à l’inscription. J’apprendrai après la course qu’il y a eu 205 coureurs sur les quatre courses du jour : 10, 15, 30 et 45 km. Sur les deux plus longues distances, nous sommes une petite centaine à nous élancer à 9h45.

Le parcours quitte directement la route pour s’enfoncer sur une petite crête en montagne russe. Extrêmement ludique, il est pourtant presqu’impossible de dépasser. Qu’importe, on s’amuse. Ça relance sans cesse. Après une traversée de la Semois, on passe un de ses affluents directs sur un séculaire pont de pierre, on ne peut plus typique. Le dénivelé nous accueille à bras ouvert pour nous mener sur une crête qui, pour les habitués de la Bouillonnante, fait penser à celle de Frahan.

Trail de la Sainte Agathe

Malheureusement, quelques kilomètres plus loin, des gens mal intentionnés ont débalisé une section où se multiplient les intersections. La tête de course s’y est perdu. De mon côté, la présence d’un coureur possédant la trace du parcours sur son GPS nous permet d’éviter le jardinage et nous aiguille directement sur le bon chemin.

Après une descente d’anthologie que nous prendrons en sens inverse à la Bouillonnante, on arrive au premier ravitaillement. Notre groupe se fait reprendre par la tête de course. Malheureusement pour eux, ils ont perdu beaucoup de temps à tricoter dans les bois. Leurs espoirs de recoller la tête de course s’envolent…

Revenons un petit peu à cette descente. Ami traileur, pointez là sur vos GPS, épinglez là sur vos cartes IGN car elle vaut son pesant d’or ! 200 mètres de dénivelé positif d’un seul tenant ! Oui oui vous lisez bien !! 200m… Les lecteurs français, vous devez être en train de rire à gorge déployée mais ce « mur » de 200m exceptionnel pour nous.

Je comprends maintenant pourquoi les ardennais ont un caractère bien trempé ! Se farcir ces murs au quotidien, ça vous forge un homme.

D’ailleurs, je me permets une digression toujours pour mes lecteurs français. Vous êtes – j’en suis sur – en train de rire de ma béatitude face à 200mètres de dénivelé. Et vous avez bien raison ! Cependant, je t’invite, cher lecteur montagnard, à venir expérimenter les trails 0 récup made in Ardenne. Parce que oui, 200 mètres, ce n’est rien mais 200mètres tous les 3-4 kilomètres, ça vous fait une absence totale de récupération. Et mentalement, ça vous carrosse le ciboulot à l’acier trempé ! D’ailleurs, ce n’est pas ce mur quasi vertical au milieu d’une sapinière qui viendra me contredire. En la montant, j’avais presque la possibilité de me coucher dans la mousse verte et reposante qui s’étendait sous mes pieds.

Trail de la Sainte Agathe

À Mouzaive (et après), les chemins n’étaient pas inconnu. La Bouillonnante les emprunte. Mais ici, l’organisation a tout fait pour créer une variante dans les quelques tronçons communs aux deux courses. Ces passages étaient d’ailleurs tout aussi ardennais que le dénivelé. C’était de de l’ « à travers tout » très ludique. Cependant, je conseille à l’organisation de mieux baliser ces passages pour la prochaine édition car c’était parfois un peu limite.

Cette partie était pour moi la plus belle et la plus dure également avec une succession de murs et de descentes de bouquetins ultra techniques. Avec la météo clémente, c’était un pur plaisir. D’autant que la fin de course nous ramenait en hauteur dans des bois bigarrés et magnifié par ces premiers rayons de soleil de l’année. Avant de rentrer à Laforêt par la Promenade des Légendes, les forestiers locaux nous avaient réservé une petite fin de course à obstacle. De nombreux sapins étaient couchés sur le chemin nous obligeant à sauter, zigzaguer, … Une belle manière imprévue de finir la course…

Esprit Trail

Les esprits pessimistes ne retiendront que le débalisage et le cafouillage dans le classement. Pourtant, cela serait passer à côté de l’essentiel. À mes yeux, cette course ne doit pas être limitée à cela non seulement parce qu’il est organisé par une toute petite équipe mais aussi et surtout parce que j’y ai retrouvé un « Esprit Trail » que je n’avais plus ressenti depuis la dernière édition des Pierres du Diable (made in Célestes).

Le peu de monde présent a rendu cette course tout à fait particulière. À titre d’exemple, cela faisait longtemps que je ne m’étais pas retrouvé SEUL pendant de longs moments sur le parcours. Ici, la longue file de coureurs faisant la queue dès les premières difficultés n’avaient même pas lieu d’exister. On faisait sa course pour soi, seul au milieu des bois à tout simplement PROFITER. Ensuite (et surtout), l’arrivée dans ce petit village avec tous les coureurs rassemblés et le petit Orval entre amis pour clôturer rendent ses lettres de noblesse à l’esprit trail : simplicité de l’effort, simplicité du réconfort !

Vivement 2017 !

Trail de la Sainte Agathe

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