Matterhorn Ultraks (30k) – Balade au pied du Toblérone

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Le Matterhorn Ultraks est considéré comme une des plus belles courses du challenge de Skyrunning. Presqu’entièrement en balcon, elle offre une vue imprenable sur le Cervin. Obligé de me rabattre sur le 30km, j’ai pu profiter d’une course magnifique malgré des éléments décidément déchaînés cet été 2016…


Renoncement

Le Matterhorn Ultraks devait être l’apothéose de ma saison estivale. Il était aussi mon 3e et dernier gros objectif après Bouillon et la Tromso Skyrace. Seulement voilà, cet été a beau avoir été magnifique, splendide, avec la découverte de nouvelles montagnes, de nouveaux lieux. Il aura été légèrement terni par une blessure aux ischios contracté à Morzine-Avoriaz.

La douleur s’était réveillée suffisamment à Tromso me conduisant à prendre une décision difficile mais raisonnable : renoncer au 48km. L’envie était là mais je craignais d’empirer les choses. Il est évident que renoncer était impensable. Je ne voulais pas manquer ce trail exceptionnel au pied d’une des plus belles montagnes du monde.

Le 20 août 2016, je m’élancerai donc sur le 30km et 2000D+ du Matterhorn Ultraks deux semaines après la somptueuse Tromso Skyrace.

Matterhorn Ultraks


Zermatt

Comment dire ? Zermatt… Et bien c’est Zermatt. C’est toute la beauté de la Suisse résumée dans un village. Sans voiture, Zermatt a fait un choix radical obligeant les visiteurs à laisser leur véhicule 8km en aval. Ce choix place Zermatt parmi les villes/village les plus paisibles qu’il m’ait été donné de voir. Si d’autres villes pouvaient s’inspirer de ce choix radical !

Au delà de cela, il ne faut pas s’en cacher, Zermatt est aussi le lieu du luxe à la montagne comme la Suisse sait si bien le faire. Néanmoins, Zermatt reste un lieu exceptionnel et grandiose grâce à la beauté des montagnes qui l’entourent dont la plus célèbre : le Toblérone euhhh le Cervin !

Le Cervin, dent de requin déchirant l’azur du ciel…

Le Matterhorn (Cervin) est le gardien de cette somptueuse vallée entourée de 4000mètres. On peut évidemment critiquer Zermatt : son caractère pompeux et ses sentiers aménagés jusque 1800mètres d’altitude. Cependant, avec les montagnes, on ne peut pas tricher. Leur beauté s’affiche entièrement dans ce panorama à 360°. Impossible de le nier… Le Cervin est bien l’une des plus belle montagne du monde et Zermatt l’un des plus coins des Alpes !

Matterhorn Ultraks
© Leander Wenger

Ultra(ks) cher !

Quand vous mettez le pied à Zermatt, vous gardez votre portefeuille en main. Non pas pour éviter qu’on vous le vole (le risque est quasi nul) mais pour empêcher qu’il ne fonde comme neige au soleil. Car oui, ce n’est pas un mythe, ni une légende ou une rumeur, Zermatt est chère ou plutôt exorbitante.

La course n’échappe malheureusement pas à la règle ! Le 30 et le 46 sont respectivement à 95 et 120€ au période les moins chers !!! Si je n’avais pas fait partie d’un groupe, je n’aurais jamais dépensé cette somme pour courir la course. On râle parfois en France ou en Belgique quand le prix des courses dépassent les 1€ du km. Ici, je vous laisse faire le calcul…

Je ne cautionne pas la flambée des prix dans le Trail. Pourtant ici, j’oserais dire que vous en avez pour votre argent. Entre des chaussettes Compressport au couleur du Trail, un t-shirt de Finisher Scott, une médaille, un repas à l’arrivée, des ravitaillements dignes d’un banquet, une organisation parfaite à tous les niveaux, tout est au top.

Maintenant, sans rentrer dans le débat, je pose les questions suivantes : avons-nous besoin des goodies Compressport ? Avons-vous besoin d’un t-shirt de finisher? Avons-vous besoin d’une médaille ? Il est évident que non. Il serait plus raisonné de les proposer aux coureurs sans les imposer afin de rendre l’inscription plus démocratique. Mais veulent-ils que cela soit plus démocratique ? Ceci est un autre débat ;).

Matterhorn Ultraks


Matterhorn Ultraks

Allongé face au Cervin en train de me reposer de notre nuit sur la route, je réfléchis à tout cet été passé dans les montagnes et à la chance que j’ai d’être là à contempler l’une des plus belles montagnes du monde. Je prends conscience que tout cela n’aurait pas été possible sans vous.

Vous, qui me soutenez au quotidien dans ce blog, me permettez de vivre ces rêves. À mon tour, j’essaie de vous transmettre cette passion mais surtout la magnificence des montagnes. Les mots ne sont malheureusement jamais à la hauteur pour retranscrire tant de magie…

Le lendemain, je m’alignerai sur ma dernière course de montagne de la saison. Demain, je profiterai de la course et des montagnes. Grâce à vous, merci !

Départ

Les acharnés du 48km sont partis à 7h30. Il est 8h45. Le départ vient d’être donné sans toutes les palabres habituelles – efficacité suisse. Nous nous élevons très rapidement au dessus de Zermatt. Le ciel est laiteux. La météo ne s’annonce pas bonne du tout avec de la pluie et des températures basses au sommet. Cependant, j’espère secrètement que les météorologues se sont trompés.

Le départ se donne sans tralala : pas de briefing trop long ni de théâtralisation.

Matterhorn Ultraks

Vers Sunnega

On traverse la ville avant de grimper doucement mais surement vers la première difficulté du jour : l’ascension vers Sunnega (2260m). J’essaie de dépasser un maximum de monde tant que le chemin est suffisamment large. Le cardio reste modéré. Pourtant, Je sens que je n’ai pas ma forme d’il y a deux semaines à la Tromso Skyrace. D’un autre côté, je ne n’ai pas des jambes de bois comme au Marathon du Mont Blanc. En bref, des sensations neutres avec lesquelles il va falloir composer.

Malgré ma tentative de mieux me positionner dans le peloton, je reste bloqué dès la première pente forestière qui nous mène à Sunnega. L’ascension se divise en trois partie : une première extrêmement pentue de 300D+, un replat de presque 2km et un dernier coup de cul. Sur le replat, je reste bloqué par un train d’une vingtaine de coureur. Je fais l’erreur de tous les dépasser. Le cardio s’élève alors brusquement. À 2000 mètre d’altitude, mon cœur ardennais commence à pomper largement et peine à redescendre !

Quel con ! Je n’arrive plus à relancer dans la troisième partie de l’ascension. Quand j’arrive au premier ravito (6km), au sommet, le cœur bat la chamade et les jambes sont asphyxiées. J’aurais du rester calmement dans le train et attendre que cela passe. J’avale bananes et biscuits salés et je redescends.

Matterhorn Ultraks

Up & Down en balcon

À partir d’ici et jusqu’à 13,5km, c’est un sentier en balcon avec une vue imprenable sur le Cervin qui nous attend. Alors que nous entamons cette portion, la montagne commence à accrocher les nuages qui arrivent du Sud-Ouest.

Même partiellement caché, le Matterhorn possède cette dantesque magnificence qui vous apporte la félicité même dans la douleur…

Je comprends maintenant pourquoi cette course est considérée comme une des plus belles. Je n’ose même pas imaginer ce que les coureurs du 48km peuvent observer eux qui sont 500 mètres plus haut. Cela doit être grandiose. De plus, hormis une descente et une montée de 200D+, cette portion ne représente pas de difficulté. Les sentiers sont roulants et permettent d’apprécier totalement le paysage.

Matterhorn Ultraks

Pourtant au 8e kilomètre, la douleur à la jambe droite réapparait, encore plus forte qu’en Norvège. Je passe également par une phase de moins-bien. Les jambes ont du mal à me porter. Mentalement, j’en prends un coup. Je dois sortir les bâtons. J’avance péniblement.

Cela m’affecte tellement que je décide même de terminer en mode « touriste ». Durant cette partie, je m’arrête régulièrement pour prendre des photos et profiter simplement du paysage. Et je fais bien !Même sous la grisaille, le panorama est à couper le souffle. À Riffelalp (2222m), je veille à bien m’alimenter. J’ai bien fait car très rapidement, les jambes reprennent du service.

Furi

La confiance revient dans la descente technique qui suit. Les jambes sont fraiches comme si je n’avais rien couru et je rattrape d’ailleurs pas mal de monde. Je risque même certaines trajectoires scabreuses. Quel plaisir ! J’ai bien fait de ne pas trop lézarder. En effet, à peine arrivé en bas, la pluie s’invite à la fête. Elle nous arrosera copieusement dans la seconde partie de la descente beaucoup plus roulante.

Cela me permet d’ailleurs d’atteindre rapidement le célèbre pont suspendu. Vraiment impressionnant, il surplombe un canyon d’une profondeur impressionnante. J’avoue ne pas avoir trop regardé en bas. La pluie et le balancement du pont n’ont pas rendu mon avancée très rassurante. Une fois en bas, on se ravitaille en eau et on rassemble ses esprits pour l’ultime difficulté du jour : la montée vers Scharzsee.

Matterhorn Ultraks

Matterhorn Ultraks
© V. D.

Schwarzsee

La montée à Scharzsee laisse des traces : 650D+ sur 4km… Je démarre lentement.Les sensations sont revenues très clairement. Dès que les lacets apparaissent et que la pente s’accentue, je me mets à dépasser pas mal de coureurs. La douleur a presque disparue. Je revis. J’essaie de m’imaginer le paysage sans la grisaille. Cela doit être tout bonnement à couper le souffle. Pas de chances pour nous… Quoique, à mes yeux, même sous la pluie, la montagne reste somptueuse.

À y repenser, je rigole encore de ma progression sur cette dernière ascension. Vous voyez ces vieilles voitures qui devaient s’élancer dans la descente pour espérer arriver au sommet ? Elles attaquaient la pente à bon rythme et leur vitesse diminuait proportionnellement au degré de la pente. Elles arrivaient quasi à l’arrêt au sommet pour se relancer dans la descente suivante. J’ai eu pareil ^^. J’avais un excellent rythme et au fur et, à mesure que le sommet approchait, la machine s’enrayait. J’arrive au ravitaillement sommital complètement défait.

Je vous passe les détails mais j’ai fait une autre connerie. Je me suis goinfré de cacahuètes au pied et, lorsque j’arrive au dessus, je suis pris de nausées et de maux de ventre. Heureusement, le coca dégage la tuyauterie et me permet de m’alimenter !

Matterhorn Ultraks

Descente

L’estomac en vrac, je commence la descente clopin-clopant. Dès les premières foulées, je sais que cette longue descente vers l’arrivée de 12km sera paradoxale. En effet, les jambes sont étonnamment fraîches. Je n’en reviens toujours pas à l’heure où j’écris ces lignes. L’entraînement en montagne a sans doute payé ;). Par contre, je sens que l’énergie est sur la réserve…

De fait, 3e erreur de gestion de course, je me chope un coup de barre. C’est quand même un comble de ne plus savoir avancer…en descente. J’évite la casse en évitant de me faire passer mais une saleté de coup de cul de 80 de D+ assène le coup de grâce. Je meurs… Je ne vous dis pas comme c’est frustrant de se faire dépasser en descente. Ils doivent être 3 ou 4 tout au plus.

À mi-distance, par un quelconque miracle, mon corps décide de rebrancher le turbo! Les rôles s’inversent. C’est à mon tour de passer un à un une petite dizaine de coureurs. Je peux enfin profiter de nouveau du paysage. La pluie s’est arrêtée et le plafond nuageux s’est relevé pour nous !

La dernière partie est très roulante et je profite de ma fraicheur pour prendre mon pied. J’ai l’impression le temps de quelques kilomètres d’être facile. En fait, ce n’est pas qu’une impression. J’ai un vraie coup de booste qui me permet une fois arrivé dans Zermatt de maintenir un bon rythme sur le plat. Je passe encore quelques personnes.

Matterhorn Ultraks

Final en gentleman, ou pas…

Et puis, j’arrive à hauteur d’une jeune femme. Elle a été devant moi durant toute la course. Dans la montée à Schwarzsee, son manteau fluo me servait de point de repaire mais je n’ai jamais pu la rattraper. Il reste un peu moins d’1km… Comme je trouve toujours débiles, les « peyes » qui dépassent juste avant la ligne d’arrivée. Je me mets à sa hauteur et lui informe de mon malêtre existentiel concernant le dépassement d’une jeune femme dans les derniers hectomètres d’une course.

Elle se fout bien évidemment de ma poire. Je peux comprendre. Mais en Gentleman, je lui propose d’imprimer le rythme devant pour qu’elle s’accroche. Elle s’applique et on passe deux autres gaillards. Vous aurez compris que je ne respecte même pas ce que j’écris 3 lignes plus haut :D. La ligne d’arrivée est en vue et nous finissons à deux sous cette arche au milieu de Zermatt…

Précision suisse oblige, je dois avoir franchi la ligne un millionième de seconde avant elle ou avoir démarré derrière elle au départ… Bref, je suis devant elle au classement général. Comme quoi, on peut être gentleman sur la course mais la précision suisse vous rappelle irrémédiablement que vous êtes un compétiteur ;).

Matterhorn Ultraks : conclusion

Que retenir de ce Matterhorn Ultraks ?

Le parcours est magnifique. Nous n’avons pas eu de chance cette édition mais les paysages traversés ne laissent aucun doute sur leur potentiel. Je pense que cette donnée est l’argument le plus important. En terme de beauté pure, c’est une des plus belles courses que j’ai pu faire.

La course est cher comme le reste sur Zermatt. Il faut le savoir à la base. Personnellement, je pense que cela ne vaut pas la peine de dépenser autant pour le 30 bornes par contre j’ai l’impression que l’on en a davantage pour son argent sur le long parcours. Après, c’est un avis personnel. Du reste, les goodies sont de qualités et serviront plus que vraisemblablement pour de prochaines courses

La course en elle-même (sur le 30km) est assez roulante. Les adeptes de la technicité se tourneront plus sur le 48 bornes ou sur la Tromso Skyrace. En effet, hormis une descente technique et quelques passages plus scabreux, la grande partie du trajet permet vraiment d’allonger et de profiter du paysage.

Alors tentez par ce Matterhorn Ultraks ?

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