Le Reinebringen est la randonnée la plus célèbre des Lofoten. Elle a été l’une des premières que j’ai faites en 2016 en découvrant la Norvège. J’avais envie ici de vous donner mes conseils et vous partager le récit de mon ascension d’octobre 2025. Le Reinebringen étant surpeuplé en été, le hors saison devient la voie d’accès la plus pertinente pour contempler ce point de vue dans le silence qu’il mérite.
La « Reine » des Lofoten
Les Lofoten et moi, c’est une longue histoire qui remonte à 2016. Ce fut d’ailleurs mon premier contact avec la Norvège et un coup de foudre instantané. À l’époque, les Lofoten et le Reinebringen n’étaient qu’une vague destination quelque part dans le Nord, bien loin de son attrait actuel. C’était une randonnée comme une multitude d’autres en Norvège. Point d’escalier, il fallait crapahuter droit dans la pente comme un animal. L’ascension était raide, brutale et limite dangereuse. Ce point de vue se méritait. Suite à de nombreux accidents, des Sherpas népalais ont été engagés pour y construire des escaliers. Aujourd’hui, l’ascension en est certes facilitée mais la vue au sommet reste toujours aussi époustouflante.
Profitant d’un passage éclair en octobre 2025, j’ai pu gravir pour la 3e fois au sommet du Reinebringen. C’était l’automne, il n’y avait pratiquement personne dans les Lofoten et nous n’étions qu’une poignée au sommet. Tout était gelé et la lumière de la fin du jour baignait l’ensemble du fjord d’une chaude couleur. Cette ascension avait le parfum d’un pèlerinage, ce point de vue restera à jamais celui qui m’a donné la passion de la Norvège et de ses horizons. Ici, les montagnes plongent dans l’océan, échines acérées des confins contrastant avec la douceur des anciennes maisons de pêcheurs (“rorbu”) qui donnent un aspect intemporel à cette humble et discrète petite Venise.
La randonnée du Reinebringen est un petit bijou, une perle de brutalité à découvrir hors saison pour en saisir toute l’immensité. Sa richesse provient du contraste avec l’écrin dans lequel on contemple le village au niveau de la mer : une langueur d’un autre temps.
Pour une lecture encore plus immersive de cet article, je te conseille d’écouter ceci :


La randonnée de Reinebringen
Stairway to heaven
Le Reinebringen ne serait rien sans l’entrelacs de villages aux noms de Hamnøy, Sakrisøy, Olenilsøya et Reine qui parsèment le fjord de leurs maisons colorées. C’est pour cette raison que je vous conseille de commencer votre randonnée ici, au parking de Steffenakken à l’entrée de Reine. Vous aurez ainsi l’occasion de passer par deux des plus célèbres points de vue sur le village. Après quoi, il faut longer la E10 jusqu’aux marches. 1978 marches construites entre 2017 et 2021 par des Sherpas népalais. Certes, le côté “nez dans la pente” a disparu mais, face à la bêtise des gens, il était important de sécuriser l’ascension.
Il n’en reste pas moins qu’il faut toujours soulever sa carcasse jusqu’à 448m d’altitude. Soyons honnêtes, l’ascension en soi tient plus du calvaire que du plaisir. En effet, elle n’a rien d’exceptionnel et la vue est loin d’être la plus attirante des Lofoten. Voyons cela comme une voie d’accès au salut, une forme de pénibilité avant la béatitude de la contemplation. Pour info, le vrai sommet est à 666m là où la majorité des gens s’arrêtent à 448m. Cependant, poursuivre l’ascension comme je l’ai fait (sommet à 666m en 2018 et 530m en 2025) demande une expérience forte en montagne. La crête menant au vrai sommet est étroite, pentue et aérienne. Le danger est encore plus grand hors saison avec le gel.
1978 marches, autant de scansions, ascèses physiques et spirituelles afin de s’élever vers le célèbre belvédère, au pied du vrai sommet, l’infernal, à 666 m.




Surplomber un royaume
Arrivé au sommet en début d’après-midi le soleil baigne les villages du fjord dans une lumière mordorée éblouissante. Les montagnes, acérées, imposantes et déchirées étaient toujours aussi hypnotisantes. L’azur confondait ciel et terre tandis que les ombres des randonneurs se dessinaient sur la crête, épine dorsale d’un escalier céleste, partition d’une cantilène divine. Il n’y a pas plus pur ravissement que de rester béat face à cet horizon. C’est ça la magie du Reinebringen.
Je resterais des heures agrippé à cette fine bande de roche. Pourtant, en cette fin d’octobre, le jour se couche vers 15h30. La lumière est intense mais précieuse. Elle s’estompe rapidement, abandonnant son aura dorée pour le bleu de l’horizon, puis l’obscurité. Il convient d’en profiter, d’en percevoir les infimes variations pour réellement en profiter. Le Reinebringen n’est pas un simple point de vue à cocher sur une liste, c’est l’épitomé des Lofoten, un condensé de beauté qu’il convient de respecter à sa juste valeur. Ici, on ne consomme pas le paysage, on le contemple et on embrasse son immensité. Tout simplement.
Il y a quelque chose d’hypnotique dans ce paysage. Il inspire, il apaise. Là, sur cette crête, trait d’union entre le ciel et la terre, lorsque le ciel s’embrase, ce n’est pas simplement beau, cela en devient divin comme si l’ambroisie s’écoulait des cieux pour apporter la félicité au voyageur.




Descendre de son nuage
Après plus d’une heure, à m’émerveiller de chaque recoin de l’horizon, il est déjà temps d’abandonner ces cimes afin de rejoindre l’océan et prendre le large vers d’autres aventures. J’ai toujours apprécié ces lieux qui vous emportent dans un tourbillon de beautés. Il est toujours difficile de s’en extraire. La descente devient une prière personnelle, l’on prie pour que nos yeux puissent encore un jour voir de telles merveilles. Ainsi, on avance hagard, perdu dans ses pensées, tentant d’imprimer ce souvenir dans nos mémoires, en espérant revoir une telle magie.
Chaque marche devient une promesse, celle d’un retour mais aussi celle d’élever ces vallées en nefs, ces sommets en flèches et de consacrer ce fjord en une cathédrale de beauté. Là, pourront résonner les prophéties de la Völuspá et l’éclat du Ragnarök.
Finalement, l’on revient à notre point de départ en longeant le front de mer. Au-dessus de nous, le nid d’aigle que l’on vient de quitter. Au loin, d’autres montagnes, d’autres aventures, le village de Reine, quant à lui, fait figure de refuge paisible à côté de l’infini du large et de la brutalité des sommets. Les jambes sont lourdes, la tête légère. Il est temps de reprendre ses marques, de laisser nos souvenirs aux embruns et d’espérer qu’un courant nous ramène une fois de plus sur ces rives, si fabuleuses.





Randonnée au Reinebringen : le parcours

Plan IGN

Photos aériennes / IGN

Carte des pentes (plan IGN)

Carte 1950 / IGN

Carte de l'état-major (1820-1866)

Open Street Map





Hébergements à proximité du Reinebringen dans les Lofoten





